Ce lundi 16 mars 2026 restera marqué d’une pierre noire pour des millions de Kinois. Dès l’aube, un mouvement de grève massive lancé par les transporteurs privés a plongé Kinshasa dans une paralysie totale, transformant le quotidien déjà difficile des habitants en un véritable parcours du combattant.
Un désert sur les grandes artères
Dès les premières lueurs du jour, le contraste avec un lundi ordinaire était saisissant. Sur le boulevard du 30 Juin, d’ordinaire saturé dès 5h30 du matin, les véhicules de transport en commun se comptaient sur les doigts d’une main. Taxis, taxi-bus et autres « esprits de mort » ont déserté la chaussée, répondant à l’appel des syndicats.
Pour des milliers de travailleurs, élèves et commerçants, ce fut la douche froide. Aux arrêts de bus de la Gare Centrale, kintambo, UPN, Matete Matadi kibala ou encore Kingasani, des grappes humaines ont attendu en vain, avant de devoir rebrousser chemin ou de tenter l’aventure à pied sous un soleil de plomb.
« Je suis là depuis 4h30. Rien. Même pas une bâchée. Je vais rater une journée de travail, et mon patron ne voudra pas comprendre », témoigne, dépité, Joseph kabangu , un agent de bureau croisé à Matete.
La colère gronde et la ville s’embrase
Le manque de transport n’a pas seulement engendré des retards ; il a aussi mis le feu aux poudres. Dans plusieurs communes, notamment dans l’Est et le Centre de la ville, la frustration des usagers s’est rapidement muée en colère.
Sur by pass au niveau de la commune de Mont -Ngafula et dans le quartier camp PM, des mouvements de protestation spontanés ont éclaté. Des jeunes gens, furieux, ont érigé des barricades de pneus enflammés, coupant la circulation. Selon des témoins, des pare-brises de véhicules particuliers, pris à tort pour des transports « briseurs de grève », auraient été brisés à coups de pierres.
« C’est la pagaille totale. On a vu des groupes de jeunes, probablement des chegués, en profiter pour semer le désordre. Certains motos ont dû faire demi-tour en urgence pour ne pas se faire attaquer », rapporte un habitant de Lemba joint par téléphone.
La psychose des bus 207
Le point de tension le plus alarmant de cette matinée concerne les bus publics. Selon des informations concordantes, plusieurs bus 207 auraient été pris d’assaut par des chegués . Si le bilan humain et matériel reste pour l’heure difficile à établir, la scène a semé la psychose parmi les conducteurs, qui hésitent désormais à sortir leurs véhicules.
« Je viens d’apprendre qu’un de nos collègues a été attaqué vers le Rond-point Ngaba. Les chegués ont forcé les portes. La peur est là. Pour l’instant, la majorité des bus sont rentrés au dépôt par mesure de sécurité », confie sous couvert d’anonymat un conducteur
Quelles revendications ?
Si aucun leader syndical n’a officiellement communiqué en début de matinée, la grogne couvait depuis plusieurs semaines. Les conducteurs et propriétaires de véhicules de transport en commun dénoncent la pression des agents de contrôle et souhaitent que l’hôtel de ville leur donne du temps pour finaliser les différents documents de véhicule.
Cependant , les autorités urbaines n’ont pas encore réagi. Le risque d’une escalade de la violence dans une métropole de plus de 15 millions d’habitants, totalement à l’arrêt, est désormais la principale préoccupation.
La population kinoise, otage une fois de plus de cette crise, retient son souffle et espère une sortie de crise rapide avant la tombée de la nuit.
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