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Le complexe du Français en RDC: Quand la maîtrise de la langue devient un critère fallacieux d’intelligence (chronique de Pop KIDIMBU)
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Le complexe du Français en RDC: Quand la maîtrise de la langue devient un critère fallacieux d’intelligence (chronique de Pop KIDIMBU)

À Kinshasa, dans un bureau, une réunion importante se tient. Un ingénieur, expert dans son domaine, présente un projet complexe. Son analyse est pertinente, ses chiffres sont exacts, sa solution est innovante. Pourtant, à la fin de son intervention, des chuchotements et des sourires moqueurs fusent. Son crime ? Avoir employé un français « approximatif », avoir hésité sur l’accord d’un participe passé ou utilisé un mot sur un ton maladroit. Cette scène, banale et répétée dans les administrations, les entreprises et même les cercles sociaux de la République Démocratique du Congo, révèle une pathologie sociale profonde : le complexe linguistique.

L’anecdote est criante de vérité : en RDC, la maîtrise du français est souvent érigée en baromètre absolu de l’intelligence et de la valeur d’un individu. Ceux qui le parlent avec aisance, selon les canons académiques, jouissent d’un prestige immérité, tandis que ceux qui le manient avec moins de dextérité sont souvent ridiculisés, leurs compétences réelles reléguées au second plan. Il est urgent de déconstruire ce préjugé dangereux.

Le français, un Héritage ambivalent

Le français n’est pas une langue congolaise à l’origine. C’est la langue du colonisateur, devenue langue officielle et langue d’enseignement. Cette position lui confère un statut particulier : elle est la clé qui ouvre les portes de l’administration, de l’éducation supérieure et des carrières prestigieuses. Cette réalité pratique a, au fil du temps, forgé une croyance toxique : la maîtrise du français serait synonyme de supériorité intellectuelle et sociale.

Cette croyance ignore superbement un fait fondamental : parler une langue n’a jamais été une preuve d’intelligence, mais simplement la preuve qu’on a appris à parler cette langue. L’intelligence se loge ailleurs : dans la capacité à résoudre des problèmes, à penser de manière critique, à faire preuve de créativité, à maîtriser des savoir-faire techniques complexes. Comme le souligne si justement l’anecdote, « il y a ceux qui maîtrisent même les chiffres que les langues ». Un mathématicien génial, un mécanicien hors pair, un agriculteur avec une connaissance encyclopédique des sols – leur valeur n’est pas diminuée par leur façon de s’exprimer en français.

Lingala, Swahili, Tshiluba, Kikongo : Les Langues de l’Être

En opposition au français, perçu comme la langue du « savoir » formel, les langues nationales le lingala, le swahili, le tshiluba, le kikongo sont souvent reléguées au rang de langues du quotidien, de l’affectif, de la rue. Pourtant, elles sont les dépositaires de l’identité, de la culture, de la philosophie et de l’histoire profondes du peuple congolais. Elles permettent des nuances, des proverbes et une expressivité que le français ne pourra jamais totalement capturer.

Réduire une personne à sa maladresse dans une langue étrangère, c’est mépriser la richesse de ce qu’elle exprime parfaitement dans sa langue maternelle. C’est nier une part essentielle de son identité et de son intelligence. Ce complexe linguistique est une forme d’auto-dénigrement, une internalisation d’une hiérarchie coloniale qui place la culture importée au-dessus de la culture locale.

Vers une décolonisation des mentalités

Ce « complexe de mauvais goût » n’est pas une fatalité. Il appelle à une prise de conscience collective et à une décolonisation des mentalités notamment distinguer l’outil de la Personne : Il faut réapprendre à dissocier la maîtrise d’un outil de communication (le français) de la valeur intrinsèque et des compétences d’un individu. La langue est un moyen, pas une fin.

Aussi,valoriser le multilinguisme : Au lieu de mépriser les fautes de français, célébrons la formidable capacité des Congolais à naviguer entre plusieurs univers linguistiques. Passer du lingala au français, puis au swahili dans une même conversation est une preuve d’agilité cognitive, non de stupidité.

Par ailleurs,redonner sa noblesse aux langues nationales : Il est crucial de revaloriser les langues congolaises dans tous les domaines, y compris dans l’espace public et médiatique, pour casser le monopole symbolique du français.

Cependant, promouvoir un français utilitaire et Inclusif : L’objectif devrait être de permettre à tous d’utiliser le français comme un outil efficace de communication et d’accès au savoir, sans en faire un instrument d’exclusion et de ségrégation sociale.

En outre, rire du français approximatif de son compatriote est bien plus qu’une simple moquerie de mauvais goût. C’est le symptôme d’un malaise identitaire qui perpétue une vision élitiste et héritée de la colonisation. La véritable intelligence collective de la RDC réside dans sa diversité, dans la multiplicité de ses talents et de ses langues. La reconnaître, c’est enfin cesser de confondre l’éloquence et l’intelligence, pour commencer à écouter, vraiment, la richesse des idées qui s’expriment, quel que soit l’accent avec lequel elles sont dites.

Chronique de Pop KIDIMBU


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