Un pan majeur du patrimoine culturel congolais vient d’être officiellement consacré. Ce vendredi, à l’issue de la 76e réunion ordinaire du Conseil des ministres, le gouvernement de la République Démocratique du Congo a reconnu le célèbre tissu Kuba comme patrimoine national. Une décision saluée comme historique par les acteurs culturels et les gardiens des traditions, visant à protéger, valoriser et pérenniser un savoir-faire ancestral unique au monde.
Une reconnaissance officielle et protectrice
L’annonce a été faite par le ministre de la communication et médias Patrick Muyaya lors du compte rendu hebdomadaire du Conseil. Cette formalisation institutionnelle n’est pas qu’un simple hommage symbolique. Elle constitue un acte juridique et politique fort destiné à protéger un trésor culturel longtemps exposé aux risques d’appropriation abusive, de commercialisation anarchique et de dénaturation de son sens profond.
« Par cette décision, l’exécutif national entend marquer sa détermination à protéger et valoriser un élément fondamental de notre identité culturelle. Le tissu Kuba n’est pas qu’un textile ; il est la mémoire et l’âme des peuples Kuba, un héritage qui appartient à toute la nation »
Le rafia, la géométrie et le symbolisme : L’âme d’un Peuple
Originaire du Royaume Kuba (situé dans l’actuelle province du Kasaï), ce tissu, traditionnellement appelé « Kasai velvet » ou « velours du Kasaï », est une œuvre d’une complexité et d’une richesse symbolique exceptionnelles. Fabriqué à partir de fibres de rafia, sa création est un processus long et méticuleux, entièrement réalisé à la main par des artisanes.
Le processus implique le tissage, le broderie (appliqué de motifs découpés) et le patchwork, aboutissant à des compositions géométriques d’une infinie variété. Loin d’être de simples décorations, ces motifs losanges, carrés, triangles, sont des pictogrammes qui racontent des histoires, transmettent des proverbes, représentent des éléments de la nature ou des concepts philosophiques, et peuvent indiquer le statut social de son porteur.
Lutter contre l’appropriation et ouvrir la voie à la sauvegarde
Cette reconnaissance nationale intervient dans un contexte global de regain d’intérêt pour les textiles ethniques, mais aussi de biopiraterie culturelle. Les motifs Kuba, mondialement admirés, sont souvent copiés et exploités par de grandes marques internationales de mode, de design ou de décoration sans aucun bénéfice ni reconnaissance pour les communautés originaires.
Le classement comme patrimoine national ouvre désormais la porte à des mesures concrètes de sauvegarde. Il permettra d’ encadrer et réguler l’utilisation commerciale du nom et des motifs, soutenir les communautés artisanes et sécuriser les chaînes de valeur, financer des programmes de transmission des savoir-faire aux jeunes générations,créer un label d’authenticité pour lutter contre les imitations, intégrer le tissu Kuba dans une stratégie plus large de promotion du tourisme culturel.
Une portée nationale et internationale
Au-delà de la protection, cette décision vise à renforcer la fierté nationale et la visibilité de ce patrimoine. Le ministère y voit une étape cruciale dans sa politique de préservation et entend désormais travailler à son inscription sur des listes du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, pour une protection à l’échelle mondiale.
Sur la scène artistique, le tissu Kuba, déjà source d’inspiration pour de nombreux créateurs congolais, pourrait connaître une nouvelle dynamique, tant dans la mode contemporaine que dans les arts visuels.
En conclusion, la reconnaissance du tissu Kuba comme patrimoine national est bien plus qu’une formalité administrative. C’est un acte de souveraineté culturelle, un hommage aux mains habiles des artisanes du Kasaï, et une promesse : celle de veiller à ce que ce chef-d’œuvre du génie humain continue de raconter son histoire, de la RDC vers le monde, pour les siècles à venir.
Pop KIDIMBU
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