L’industrie musicale franchit une nouvelle étape dans la gestion de l’intelligence artificielle.
Plusieurs des plus grandes organisations du secteur ont annoncé la mise en place d’un système d’étiquetage destiné à informer les auditeurs lorsqu’une chanson a été créée, en tout ou en partie, grâce à l’IA.
L’initiative réunit notamment l’IFPI, la RIAA, l’American Association of Independent Music (A2IM), le Worldwide Independent Network (WIN), l’IMPALA, les Grammy Awards, la SAG-AFTRA et la Human Artistry Campaign. Ensemble, ces organisations souhaitent instaurer un standard commun sur les plateformes de streaming.
Deux mentions pour distinguer les œuvres
Le futur système reposera sur deux catégories distinctes, présentées visuellement comme deux pictogrammes carrés, l’un affichant « AI » en majuscules sur fond noir, l’autre « ai » en minuscules sur fond blanc.
- « AI-generated » (Généré par IA) concernera les morceaux dont la totalité ou la majeure partie des éléments créatifs (voix, instrumentaux, composition) provient d’un modèle d’intelligence artificielle, ou qui ont été entièrement créés à partir d’une requête textuelle.
- « AI-assisted » (Assisté par IA) désignera les œuvres réalisées substantiellement par des artistes humains, qui interprètent eux-mêmes la voix principale et les instruments clés, mais qui ont eu recours à l’IA pour certains éléments d’expression ponctuels.
Point important à noter : à ce stade, le système ne couvre pas l’usage de l’IA dans les paroles, la composition, les clips ou les pochettes d’album, seulement l’enregistrement sonore lui-même.
Un système basé sur la transparence, pour l’instant volontaire
Dans un premier temps, ces mentions seront déclaratives, renseignées volontairement par les ayants droit, producteurs ou labels. Rien n’oblige donc, à ce stade, un label ou un artiste à étiqueter un morceau produit avec de l’IA.
Certaines plateformes ont déjà commencé à bâtir leurs propres outils. Deezer détecte automatiquement certains contenus générés par IA depuis 2025 et affirme recevoir des dizaines de milliers de déclarations d’usage de l’IA chaque jour de la part des artistes. Spotify et Apple Music s’appuient eux principalement sur les informations fournies par les distributeurs et les labels, avec des systèmes de crédits lancés respectivement en avril et en mars 2026. Tidal, de son côté, exige depuis juin que les distributeurs identifient les morceaux générés par IA avant leur mise en ligne.
Répondre aux attentes du public
Pour les promoteurs du projet, cette initiative répond à une demande croissante de transparence. Une étude Deezer/Ipsos menée auprès de 9 000 auditeurs a montré que 97 % d’entre eux étaient incapables de distinguer une chanson générée par IA d’un morceau produit par des humains, alors que 80 % souhaitaient que les morceaux entièrement générés par IA soient clairement identifiés.
« Les auditeurs veulent savoir si et comment l’IA générative a été utilisée dans la musique qu’ils écoutent », ont déclaré Victoria Oakley, présidente de l’IFPI, et Mitch Glazier, président de la RIAA, dans un communiqué conjoint.
Ian Harrison, président de l’A2IM, estime également que la force de la musique réside avant tout dans le lien authentique entre les artistes et leur public, même à l’ère de l’intelligence artificielle. Du côté de la SAG-AFTRA, le message est plus direct encore : la transparence n’est qu’un premier pas, et l’IA ne doit pas remplacer ou exploiter les artistes sans leur consentement ni une compensation équitable.
Suno, l’une des plateformes de génération musicale par IA les plus utilisées, a réagi en disant partager l’objectif de transparence, tout en estimant que la décision de traiter ces questions complexes devrait revenir aux artistes et aux plateformes plutôt qu’être imposée par un standard unique.
Un futur standard pour l’industrie ?
Si ce système est largement adopté, il pourrait devenir un nouveau standard mondial pour les plateformes de streaming et contribuer à mieux distinguer les œuvres entièrement créées par IA de celles où l’intelligence artificielle n’a été qu’un outil d’assistance. Les organisations à l’origine du projet précisent d’ailleurs que le dispositif est conçu pour évoluer, avec l’idée sous-entendue qu’un passage à un étiquetage obligatoire pourrait suivre si l’adoption volontaire ne suffit pas.
À mesure que les technologies génératives gagnent du terrain dans la création musicale, y compris dans les productions congolaises où certains beats et arrangements commencent déjà à circuler avec un usage d’IA plus ou moins assumé, cette démarche pourrait aussi influencer les débats sur les droits d’auteur et la rémunération des créateurs bien au-delà du marché américain et européen.
Vous écoutez la musique différemment en sachant qu’elle a été assistée ou générée par IA, ou ça ne change rien pour vous ?
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