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Pourquoi « The Polygamist » cartonne sur Netflix, selon Bany Official et Neno

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The Polygamist
The Polygamist

Le succès de la série sud-africaine « The Polygamist » sur Netflix a servi de point de départ à un échange entre Bany Official et Neno, qui va bien au-delà du simple constat d’audience.

 

Leur conversation pose une question qui dépasse largement le cas sud-africain : comment transformer la culture africaine en véritable moteur économique.

Un exploit sud-africain qui n’a rien d’un accident

« The Polygamist » a cumulé 19,1 millions d’heures de visionnage dès sa première semaine de diffusion, se hissant à la quatrième place du classement mondial Netflix des séries non anglophones. Une performance rare pour une production africaine, portée par une réalisation soignée, un scénario efficace et des thèmes universels : l’argent, le mariage, l’infidélité.

Ce succès ne sort pas de nulle part. L’Afrique du Sud dispose d’une tradition cinématographique déjà installée, illustrée notamment par « Tsotsi », récompensé aux Oscars dans les années 2000, qui avait déjà attiré les investissements de géants comme Netflix ou de personnalités comme Tyler Perry. Netflix y possède aujourd’hui des bureaux physiques, tout comme au Nigeria, ce qui facilite des modèles de coproduction où la plateforme finance la production en échange d’un partage des revenus.

Le livre, maillon oublié de la chaîne de valeur

Un point que la discussion met en avant, et qui passe souvent inaperçu : « The Polygamist » est d’abord un livre, publié en 2012. Le même chemin qu’ont suivi les plus grands succès mondiaux, de Game of Thrones à Harry Potter. Selon l’UNESCO, l’industrie du livre en Afrique pourrait atteindre 18,5 milliards de dollars d’ici 2030.

Le contraste actuel est pourtant frappant. En 2023, l’Afrique a importé pour 597 millions de dollars de livres, contre seulement 81 millions de dollars d’exportations. Neuf pays africains sur dix manquent encore de législations spécifiques pour soutenir cette industrie au-delà du simple droit d’auteur.

Ce que ça révèle des défis propres à la RDC

Pour Bany Official et Neno, le cas congolais illustre bien ce qui manque encore : un secteur peu structuré, une culture du divertissement pas assez orientée business, contrairement au Nigeria ou à l’Afrique du Sud. La RDC manque d’amphithéâtres et de salles de cinéma, et l’improvisation domine souvent, certains créateurs cumulant les rôles de scénariste, réalisateur et acteur sans maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur.

Le réservoir d’histoires, lui, ne manque pourtant pas. Zamenga Batukezanga, avec plus de cinquante ouvrages à son actif, offre à lui seul une base qui ne demande qu’à être portée à l’écran. De nouveaux auteurs émergent aussi, à l’image du livre « Qu’allons-nous faire maintenant ? », qui explore les secrets de famille et les tensions religieuses, des thématiques qui s’exporteraient sans difficulté si elles étaient adaptées.

Vers un changement de modèle

La discussion souligne enfin qu’un travail d’assainissement reste nécessaire avant que d’autres pays suivent l’exemple sud-africain. Le Nigeria en a fait l’expérience récemment, confronté à des menaces de retrait de Netflix liées à des problèmes de corruption et à une qualité de production ne correspondant pas aux investissements engagés.

La conclusion qui ressort de l’échange entre Bany Official et Neno est claire : la culture africaine, et congolaise en particulier, est un soft power qui ne demande qu’à être structuré. Passer de l’improvisation à une industrie organisée permettrait non seulement de raconter les histoires du continent au monde, mais surtout de créer une richesse durable. « The Polygamist » n’est, à ce titre, que la partie visible d’un potentiel économique encore largement inexploité.

Vous pensez que la RDC a les moyens de produire son propre phénomène Netflix dans les prochaines années ?

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Écrit par Kaniama Bauer

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