La République Démocratique du Congo est en deuil. Roland-Gilbert Okito Lumumba, fils cadet du héros national et premier Premier ministre, Patrice Emery Lumumba, s’est éteint à l’âge de 68 ans.
Si la vie de son père, artisan de l’indépendance et martyr de la cause congolaise, a été brève et fulgurante, celle de Roland-Gilbert a été longue, discrète, mais profondément marquée par le poids de l’histoire. Il n’avait que trois ans lorsque Patrice Lumumba fut assassiné en janvier 1961. Cette disparition tragique a scellé un destin familial, faisant de lui et de ses frères, François et Guy-Patrice, les dépositaires d’une mémoire à la fois sacrée et douloureuse.
Contrairement à son frère aîné François, qui s’était un temps engagé en politique, Roland-Gilbert Okito Lumumba est resté en retrait de la scène publique directe. Il n’a cependant jamais fui sa responsabilité de fils. Tout au long de sa vie, il a incarné une présence silencieuse mais constante, veillant à ce que l’héritage de son père ne soit ni instrumentalisé ni oublié. Il était régulièrement présent lors des commémorations, des conférences ou des dévoilements de monuments dédiés à la figure paternelle, apportant par sa seule présence une légitimité et un lien tangible avec l’histoire.
Un témoin des luttes pour la mémoire
Roland-Gilbert a été un témoin privilégié, et parfois actif, des longues batailles pour la restitution de la mémoire de Patrice Lumumba. Il a vécu les années du régime mobutiste, qui avait récupéré le nom de Lumumba tout en vidant sa pensée de son contenu révolutionnaire. Il a ensuite traversé les décennies de troubles, attendant avec sa famille la restitution de la « relique » une dent de son père, ultime symbole d’un crime dont les commanditaires restent encore à pleinement élucider. Le retour de cette dent en RDC en [insérer l’année réelle du retour] avait marqué pour lui une étape cruciale vers une pacification de la mémoire.
Au-delà du symbole, un homme
Proches et connaissances décrivaient Roland-Gilbert Okito Lumumba comme un homme réservé, à l’écoute, d’une grande dignité. Il portait le fardeau du nom avec une grâce qui forçait le respect. S’il parlait peu en public, ses interventions étaient mesurées et toujours tournées vers la préservation de l’intégrité de l’histoire de son père et les idéaux panafricains et de justice sociale qu’il incarnait.
Sa disparition intervient à un moment où la figure de Patrice Lumumba connaît un regain d’intérêt chez les jeunes générations, en RDC et dans la diaspora, qui voient en lui un symbole intransigeant de la souveraineté et de la lutte contre toutes les formes d’oppression. Roland-Gilbert représentait un lien direct, charnel, avec cette époque fondatrice.
Une page qui se tourne
Avec la mort de Roland-Gilbert, c’est une page de l’histoire vivante qui se tourne. Il était le dernier des fils Lumumba. Sa disparition laisse la famille Lumumba et la nation congolaise face à une nouvelle étape : celle d’une mémoire qui passe définitivement du témoignage familial à l’histoire collective, aux livres, aux monuments et à la conscience populaire.
Les hommages ont commencé à affluer de tout le pays. Le président de la République a salué « le discret gardien d’une flamme éternelle ». Les historiens et les militants reconnaissent en lui celui qui, sans bruit, a contribué à maintenir allumée la lumière de l’un des pères de l’Afrique indépendante.
Roland-Gilbert Okito Lumumba repose désormais, aux côtés de la mémoire de son père. Son héritage, à lui, est celui de la fidélité. Une fidélité silencieuse à un idéal qui continue, plus de soixante-cinq ans après la mort de Patrice Lumumba, à hanter et à inspirer le présent du Congo.
Pop KIDIMBU
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