Il y a des moments où la caméra ne ment pas. Où elle capture, en quelques secondes, la fin d’une illusion. La vidéo de cette kermesse à Kinshasa, devenue virale, a serré les cœurs des mélomanes comme rarement. Non pas pour le clash en lui-même, mais pour ce qu’il révèle de notre rapport à l’excellence et à la transmission.
L’anecdote, la voici, brute et amère : Bill Clinton, ce maestro de l’animation, devait monter sur scène pour offrir son art. Mais à peine posé sur le podium, il a été accueilli non par les honneurs dus à son talent, mais par l’impolitesse crasse de Jamaïque, l’animateur de Werrason. Sous les yeux de Werra qui, loin de calmer le jeu, s’amusait, sourire en coin, de la situation. Résultat : Bill Clinton, digne, a jeté le micro et quitté la scène.
Ce qui m’a poussé à sortir de ma réserve, a indiqué le chroniqueur Israel MUTOMBO , c’est cette tentative de vouloir comparer Bill Clinton avec ces jeunes venus simplement pour « mener » (animer) sur le podium. Werrason, dans sa logique, a peut-être voulu faire une distinction entre les « anciens » et les « nouveaux ». Mais c’est là qu’il se trompe lourdement.
« Bana oyo nanu kutu ba sokoli te, okoki comparer Bill Clinton na Jamaïque ? » (Ces enfants-là n’ont même pas encore fait leurs preuves, peut-on vraiment comparer Bill Clinton à Jamaïque ?)
Non, précise sango,on ne compare pas un ouvrier à un maçon. On ne compare pas un élève à un professeur. Et en la matière, Bill Clinton, c’est une école. Il a marqué l’animation au sein de Wenge Musica Maison Mère avec une griffe, une technique, une intelligence du spectacle que Jamaïque.
En rigolant, Werrason a cautionné l’indignité. Il a montré qu’il était plus attaché à son microcosme de « 12 esprit wenge ».
Bill Clinton, c’est la légende . Il est de cette trempe d’artistes qui portent en eux l’essence du Wenge, cette énergie créatrice qui a fait de nous ce que nous sommes. Quand il prend le micro, il n’anime pas, il enseigne, il sublime
Par contre, Jamaïque, lui, doit comprendre que l’on ne devient pas une légende en rabaissant celles qui a créé le chemin. Et Werrason, le patriarche, ferait bien de se rappeler que les arbres qui cachent la forêt finissent par se retrouver seuls.
En jetant ce micro, Bill Clinton a été plus grand que tous ceux qui sont restés sur ce podium. Il a dit, sans un mot : « Je ne me bats pas pour une place dans votre cour, je me bats pour l’histoire. »