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Adam La Nuit : « Malgré la violence de notre histoire, j’ai choisi d’en faire quelque chose de lumineux »

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Avec « Entre nous/deux », disponible depuis le 17 juillet, l’artiste belgo-congolais Adam La Nuit signe son projet le plus intime. Onze titres où le français et le lingala cohabitent sans jamais s’opposer, portés par une histoire familiale que l’artiste a longtemps gardée pour lui. Pour Talents2kin, il revient sur un album qui transforme les fractures en ponts.

Né à Liège le 1er octobre 1992, Adam La Nuit a grandi à Kinshasa avec sa mère avant de revenir en Belgique à l’adolescence, après la mort de son père. Anciennement connu sous le nom ÂA, il s’est fait remarquer avec l’EP « ÂAnimé » en 2020, qui lui a valu une nomination aux Octaves de la musique dans la catégorie Musiques urbaines. Ont suivi l’album « Chemin Acide » en 2022, « Tendresse et Autres Merveilleux Dangers » en 2023, projet qui lui a valu le Golden Afro Artistic Award de l’artiste émergent de l’année, puis « Salle 1 : La beauté de ma colère » en 2024. Nourri de R&B, de hip-hop, de pop, de rumba congolaise et de musique libanaise, il s’est imposé parallèlement comme un passeur culturel en traduisant des classiques de la rumba du lingala vers le français, révélant à un public francophone la profondeur poétique de ces textes. « Entre nous/deux » est son quatrième projet en cinq ans.

« Entre nous/deux », un titre qui raconte plusieurs vies

Dès le nom de l’album, Adam La Nuit pose les termes. « Entre nous/deux » ne se lit pas d’une seule manière.

« Je voulais un titre qui exprime le sentiment d’errance dans toute sa beauté, quelque chose qui porte à la fois le métissage, les questionnements, l’amour et le sentiment de communauté. Ça peut se lire de trois façons : Entre nous deux, Entre nous, ou Entre-deux. »

Trois lectures pour un même album. Trois façons d’habiter un espace qui refuse les frontières nettes.

Un album construit autour de ses parents

La pochette de « Entre nous/deux » montre un homme et une femme dans une photographie ancienne. Le choix n’a rien d’esthétique.

« Ce sont mes parents, mon père et ma mère, en 1987 à Kinshasa. C’est l’une des rares photos, si ce n’est la seule, que j’ai de mes parents ensemble. »

Entre Nous Deux
Cover de l’album « Entre Nous/Deux »

Adam La Nuit est un enfant né hors mariage. Il le dit sans détour, parce que cette réalité structure tout l’album. Et pour ceux qui connaissent son parcours, cette image porte un poids supplémentaire : son père est décédé, et c’est cette disparition qui l’a ramené en Belgique à l’adolescence.

« Tout ce que cette situation représente a eu beaucoup d’influence sur l’homme que je suis et sur ma vision du monde. C’est mon projet le plus intime et le plus apaisé. Je n’ai été guidé que par mon envie de vivre pleinement ma musique et de célébrer ces histoires parfois particulières, mais si présentes dans nos vies. »

Se placer parmi les géants

Pour la promotion de l’album, Adam La Nuit a partagé sur les réseaux sociaux une image qui a rapidement circulé : le montage de la célèbre photo de Lionel Messi donnant le bain au jeune Lamine Yamal, revisité avec son propre visage à la place de Yamal, entouré des plus grands noms de la musique congolaise. Franco, Simaro, Papa Wemba, Koffi Olomide, Fally Ipupa, Ferré Gola, Mbilia Bel, Abeti Masikini, Pepé Kallé, Lokua Kanza, Tshiala Muana, Wendo Kolosoy, King Kester Emeneya, Werrason, JB Mpiana, Madilu System.

Le message est limpide : il se revendique comme l’héritier de cette lignée, nourri par chacune de ces voix.

Quand on lui demande ce que chacun de ces artistes lui a transmis, il répond sans hésiter. La poésie de Simaro et son regard aiguisé sur la nature humaine. La sensualité, la tendresse et le glamour de Mbilia Bel. La désinvolture et l’esprit libre de Koffi Olomide. L’ambition de Fally Ipupa. L’engagement de Tabu Ley Rochereau. L’exigence de Lokua Kanza.

Et la rumba dans tout ça ? « C’est mon phare. C’est ma boussole. »

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Traduire la rumba pour reconstruire des ponts

Bien avant « Entre nous/deux », Adam La Nuit s’était fait remarquer par un concept singulier : traduire des classiques de la rumba congolaise du lingala vers le français, pour en révéler la profondeur poétique à ceux qui ne comprenaient pas la langue.

« C’était pour célébrer la beauté de cette musique et créer des ponts, pas seulement entre l’Occident et l’Afrique, mais aussi entre la diaspora et le continent. Je voulais créer les boussoles et les phares dont le petit garçon que j’ai été avait besoin. »

L’initiative a dépassé le simple exercice artistique. « Aujourd’hui, je reçois beaucoup de témoignages de jeunes aux quatre coins du monde qui me racontent à quel point ça les a aidés à avancer et à être fiers. »

Ce que la rumba lui a appris sur ses propres héros

En plongeant dans les textes de Franco, Simaro, Papa Wemba ou Koffi Olomide, Adam La Nuit a fait des découvertes qui l’ont marqué. Pas toutes confortables.

« J’ai compris qu’on ne réinvente rien dans la vie. Les questions sont les mêmes depuis le début : comment trouver sa place dans le monde ? La rumba a toujours été transgressive. Elle parlait déjà de spiritualité, de religion et de la condition humaine avec beaucoup de poésie. »

Mais il a aussi trouvé autre chose.

« J’ai découvert des hommes aux idées parfois encore plongées dans une forme de colonialisme. Mais puisque c’est quelque chose que j’avais déjà observé chez beaucoup de mes proches, je ne leur en veux pas. Au contraire, ça me donne des pistes pour défaire les nœuds. »

« Photocopie », la chanson la plus personnelle de l’album

Parmi les onze titres de l’album, un morceau revient à chaque question : « Photocopie ». Deuxième titre du projet, presque entièrement chanté en lingala, c’est la chanson la plus personnelle d’Adam La Nuit.

« Ma mère a été l’autre femme, et je suis né dans ce contexte-là. Dans cette chanson, je prends à la fois la voix du père, la voix de la mère et la voix de l’enfant. On ne sait jamais vraiment qui chante. »

Le choix du lingala s’est imposé naturellement. « Puisque le point central est la prestance et l’aura qu’on prête aux femmes qui portent les mabaya, je n’ai presque jamais eu envie d’écrire en français. »

C’est aussi le titre pour lequel il nourrissait un rêve de collaboration : « Lorsque j’ai écrit Photocopie, j’avais en tête Mama Moseka. Ça aurait été quelque chose de fort pour la culture. »

Quand on lui demande quel morceau recommander à quelqu’un qui ne connaît ni Adam La Nuit ni la musique congolaise, la réponse est immédiate : « Pour découvrir ma néo-rumba, je conseille Photocopie. »

Et quelle chanson lui a demandé le plus de temps ? « Toutes les chansons de cet album m’ont quand même demandé toute une vie. »

Le lingala comme langue de création

Adam La Nuit ne choisit pas entre le français et le lingala. Les deux langues arrivent ensemble, spontanément, pendant l’écriture.

« C’est ma façon d’être au monde. Je passe constamment du français au lingala, parfois avec des détours par l’anglais. Il m’arrive de rêver en lingala, mais c’est rare. La plupart du temps, je rêve et pense en français. Ma mère et ses sœurs parlent principalement en lingala. C’est la langue de ma famille. »

Son processus de création est instinctif. « Je crée la mélodie en même temps que le texte. Les émotions qui se traduisent dans les mélodies m’arrivent avec leur propre langage. J’ai parfois l’impression d’entrer en transe lorsque j’écris. Quand je ne suis pas dans cette zone, j’ai du mal à garder ces chansons que je trouve alors moins intéressantes, peu importe leur efficacité. »

Ses influences continuent de se nourrir au quotidien. Quand on lui demande quel morceau congolais l’inspire en ce moment, il cite « Tsiane ».

« Fini le temps des hégémonies culturelles »

Chanter en lingala reste un risque commercial dans une industrie tournée vers les marchés occidentaux. Adam La Nuit le sait, mais il considère que cette réalité est en train de changer.

« Une bonne chanson ne peut pas être contestée, peu importe la langue. Je n’attends plus grand-chose d’une industrie qui est en retard. Fini le temps des hégémonies culturelles. Vive l’international ! Il faut aussi plus de place pour le tshiluba, le swahili et le kikongo dans nos vies. »

Un album qui réconcilie

« Entre nous/deux » n’est pas un album de revendication. C’est un album de réconciliation.

« C’est un album qui a beaucoup d’amour et qui est très indulgent avec celles et ceux que j’aime et qui m’aiment, malgré les désaccords, parfois la violence ou le mépris. C’est un album qui se réconcilie avec tout ça et qui célèbre un parcours particulier dans lequel je trouve beaucoup d’universalité. »

Sa double identité belge et congolaise, beaucoup d’artistes de la diaspora la vivent comme un tiraillement. Adam La Nuit en a fait une force. « C’est une immense richesse. Je suis le fruit de la grande histoire. Nous le sommes tous. Malgré la violence de cette histoire, j’ai choisi d’en faire quelque chose de lumineux. »

Et la suite ? Une tournée est-elle prévue pour « Entre nous/deux » ? « Si Dieu le veut ! Mais je ferai tout pour qu’Il considère la chose. »

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La question d’un concert en RDC, elle, touche à quelque chose de plus profond. « Je n’ai pas remis les pieds au Congo depuis mon départ. Y retourner pour un concert, ce serait immense. »

Quant au prochain chapitre de son histoire musicale, il est déjà en cours d’écriture. « Oui, mais j’essaie aussi de bien profiter et d’apprécier ce qui se passe au moment présent. »

« Parce que j’ai choisi la poésie. C’est mon armure pour m’échapper des boîtes dans lesquelles le monde veut nous enfermer. »

« Entre nous/deux » est disponible sur toutes les plateformes depuis le 17 juillet.

Et vous, quel titre de l’album vous a le plus touché ? Dites-le en commentaire.

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Écrit par Kaniama Bauer

Une équipe de passionnés

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