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Royalties en RDC : 6 erreurs qui font perdre de l’argent aux artistes congolais

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En République démocratique du Congo, de nombreuses oeuvres rencontrent le succès sans que leurs créateurs profitent réellement des revenus générés. Contrats imprécis, droits mal identifiés, oeuvres non déclarées, intermédiaires douteux ou absence de suivi : les occasions de perdre de l’argent sont nombreuses.

Le récent témoignage de Papy Tex autour de l’utilisation de sa chanson « Kanda ya nini » dans le film Mississippi Masala remet cette question au centre du débat. Son expérience, racontée plus de trente ans après les faits, constitue une leçon pour toute une génération d’artistes congolais.

Le cas Papy Tex, point de départ d’un débat nécessaire

Sorti en 1991 et porté notamment par Denzel Washington et Sarita Choudhury, Mississippi Masala de la réalisatrice indo-américaine Mira Nair a généré environ 7,3 millions de dollars de recettes au box-office, pour un budget estimé à 5 millions de dollars. La chanson « Kanda ya nini », créditée au Papy Tex Group (sous le nom « Papy Matolodode Tex Group » dans les crédits IMDb), figure officiellement sur la bande originale du film.

Dans une vidéo récemment diffusée sur les réseaux sociaux, Papy Tex affirme avoir autorisé l’utilisation de son oeuvre contre une somme qu’il qualifie de symbolique. Selon son récit, il aurait d’abord demandé 500 000 dollars pour céder sa chanson, avant que Mira Nair ne négocie des conditions différentes, incluant un paiement initial et des royalties futures. Les royalties devaient ensuite transiter par un représentant basé au Zaïre, mais l’adresse postale qui lui aurait été communiquée se serait révélée inexistante.

Ce témoignage n’a pas été corroboré publiquement par Mira Nair ou par les autres parties concernées. Il doit donc être lu comme le récit de Papy Tex, et non comme une décision de justice établissant une escroquerie.

Il soulève néanmoins une question essentielle : comment un artiste peut-il éviter de perdre les revenus générés par l’exploitation de son oeuvre ?

1. Accepter une autorisation verbale sans contrat précis

Une promesse orale ne suffit pas lorsqu’une chanson doit être utilisée dans un film, une publicité, une série, un jeu vidéo ou une campagne commerciale.

Pour intégrer une musique dans une oeuvre audiovisuelle, le producteur doit généralement négocier une licence de synchronisation pour la composition et, lorsque l’enregistrement original est utilisé, une autorisation distincte concernant le master.

Le contrat doit notamment préciser : l’oeuvre et l’enregistrement concernés, le montant de la rémunération, la durée de l’autorisation, les pays couverts, les supports autorisés (cinéma, télévision, plateformes de streaming, publicité ou réseaux sociaux), le caractère exclusif ou non de la licence, l’utilisation éventuelle dans les bandes-annonces et la bande originale, les crédits accordés à l’artiste, ainsi que les modalités et les dates de paiement.

Contrairement à une idée répandue, l’utilisation d’une chanson dans un film ne donne pas automatiquement droit à un pourcentage sur les recettes du box-office. La rémunération peut être forfaitaire ou comprendre des paiements complémentaires, selon ce qui a été négocié. D’éventuels droits de diffusion peuvent ensuite être générés selon les territoires, les médias et les organismes de gestion concernés.

Ce qu’il faut faire : ne jamais donner son accord définitif avant d’avoir reçu, compris et signé un contrat. Pour une exploitation internationale, l’intervention d’un avocat spécialisé en propriété intellectuelle est fortement recommandée.

2. Croire qu’une adhésion à la SOCODA règle automatiquement le problème

La Société congolaise des droits d’auteur et des droits voisins (SOCODA) est une coopérative autorisée par l’ordonnance présidentielle n°11/022 du 18 mars 2011 pour assurer la perception et la répartition des droits au profit de ses membres et mandants. Elle joue un rôle important dans la gestion collective en RDC.

Mais adhérer à une société de gestion ne suffit pas. L’artiste doit également déclarer correctement chaque oeuvre, identifier les coauteurs et conserver les informations permettant d’attribuer les sommes collectées.

Il faut notamment enregistrer : le titre exact de l’oeuvre, les noms légaux et artistiques des auteurs, compositeurs et éditeurs, les pourcentages détenus par chaque participant, le code ISRC de l’enregistrement, le code ISWC de la composition (lorsqu’il a été attribué), les numéros IPI des ayants droit, le nom du producteur et du propriétaire du master.

L’adhésion ne crée pas le droit d’auteur : celui-ci naît avec la création de l’oeuvre. En revanche, une oeuvre mal déclarée, déclarée tardivement ou accompagnée de métadonnées incorrectes risque de générer des revenus impossibles à attribuer.

Ce qu’il faut faire : demander une preuve de chaque déclaration, vérifier régulièrement le répertoire de ses oeuvres et signaler rapidement toute erreur.

3. Confondre droits d’auteur, droits voisins et revenus du streaming

Le mot « royalties » regroupe plusieurs revenus qui ne sont pas toujours collectés par les mêmes acteurs.

Les droits d’auteur rémunèrent les auteurs et les compositeurs pour l’exploitation des paroles et de la musique. Les droits voisins concernent notamment les artistes-interprètes et les producteurs de l’enregistrement. Les revenus liés au master sont généralement reversés par les plateformes au label, au producteur ou au distributeur numérique.

Un artiste qui écrit, interprète et produit lui-même une chanson peut donc posséder plusieurs droits sur la même oeuvre. Mais il doit mettre en place les canaux nécessaires pour percevoir chaque catégorie de revenus.

Un distributeur comme TuneCore, DistroKid ou CD Baby peut reverser les revenus générés par l’enregistrement sur Spotify, Apple Music, Deezer ou d’autres plateformes. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il collecte automatiquement toutes les royalties liées à la composition. Chez certains distributeurs, l’administration éditoriale constitue un service séparé. DistroKid précise, par exemple, que les royalties liées à la composition ne sont collectées que lorsque l’artiste souscrit à son service Publishing. TuneCore distingue également ses activités de distribution et d’administration éditoriale.

Les millions de vues ne garantissent pas non plus la rentabilité d’un concert. La popularité numérique doit être transformée en une communauté capable d’acheter des billets, des produits et des expériences.

Ce qu’il faut faire : établir une cartographie claire de ses revenus : composition, master, droits voisins, synchronisation, streaming, concerts, partenariats et produits dérivés.

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4. Faire confiance à un intermédiaire impossible à vérifier

Le récit de Papy Tex montre les risques liés à un représentant dont l’identité, l’adresse et le mandat ne peuvent pas être vérifiés.

Une adresse postale, un numéro WhatsApp ou une promesse de paiement ne prouvent pas qu’une personne est légalement habilitée à représenter une société de production, un label ou un diffuseur.

Avant de signer, l’artiste ou son manager doit vérifier : l’existence légale de l’entreprise, l’identité du signataire, sa fonction et son pouvoir de signature, l’adresse physique de la structure, ses coordonnées professionnelles, l’identité du producteur, de l’éditeur ou du distributeur, et le compte bancaire depuis lequel les paiements seront effectués.

Toutes les communications importantes doivent être conservées : contrats, courriels, factures, relevés, déclarations d’oeuvres et preuves de paiement.

Ce qu’il faut faire : inclure dans le contrat les coordonnées complètes des parties, le droit applicable, la juridiction compétente et la procédure à suivre en cas de litige.

5. Ne pas suivre ni auditer ses revenus

Beaucoup d’artistes ne savent pas précisément quelles sommes leur sont dues. Ils reçoivent un paiement sans pouvoir vérifier son calcul ou découvrent plusieurs années plus tard que certaines oeuvres n’ont jamais été correctement déclarées.

Chaque artiste devrait disposer d’un registre regroupant : son catalogue complet, les contrats liés à chaque titre, les accords de partage entre coauteurs (appelés « split sheets »), les codes ISRC, ISWC et IPI, les relevés des distributeurs, les rapports des sociétés de gestion, les licences de synchronisation, les diffusions radio et télévision connues, les revenus encaissés et les montants encore attendus.

Les relevés doivent être comparés avec les contrats. Lorsqu’un titre connaît un succès important, l’artiste doit pouvoir demander des explications et, si le contrat le prévoit, exercer un droit d’audit.

Ce qu’il faut faire : effectuer un rapprochement au moins tous les trois mois et solliciter un professionnel lorsque les revenus ou les territoires concernés deviennent importants.

6. Faire de la SOCODA son unique canal de perception

La SOCODA demeure un interlocuteur important pour l’exploitation locale, mais elle ne doit pas constituer l’unique élément de la stratégie financière d’un artiste.

En octobre 2024, la direction de la société reconnaissait être dans l’incapacité de rémunérer normalement les ayants droit, en raison du non-paiement des redevances par certains exploitants, notamment des radios et télévisions.

Cette situation illustre une réalité simple : une société de gestion ne peut redistribuer que les sommes qu’elle parvient effectivement à percevoir.

Cela ne signifie pas que la SOCODA ne paie jamais. En mai 2026, la commission de répartition a annoncé l’inclusion inédite des artistes plasticiens dans le périmètre des droits collectés. Mi-juillet 2026, environ 140 ayants droit ont effectivement perçu leurs droits lors de la quatrième opération de répartition pilotée par le PCA Jossart Nyoka Longo et le directeur général Joe Mondonga. Une trentaine de plasticiens figuraient parmi les bénéficiaires. Le problème réside davantage dans l’irrégularité des perceptions, les limites du suivi et le manque de transparence dénoncé par certains acteurs.

Pour réduire les risques, un artiste peut combiner plusieurs outils complémentaires : la SOCODA ou une autre société de gestion collective adaptée à sa situation, un distributeur numérique pour les revenus liés au master, un administrateur éditorial pour certaines royalties de composition, un éditeur musical capable de déclarer et d’exploiter les oeuvres, une plateforme ou un agent spécialisé dans la synchronisation, un avocat ou un manager pour négocier les licences, et un système comptable permettant de contrôler les versements.

La SACEM comme solution complémentaire ?

La SACEM peut être étudiée par les auteurs et compositeurs dont les oeuvres sont exploitées à l’international, sous réserve de remplir ses conditions d’adhésion.

Mais il ne faut pas parler automatiquement de « double affiliation ». Les mandats confiés à différentes sociétés peuvent se chevaucher et créer des conflits de collecte. Avant toute nouvelle adhésion, l’artiste doit vérifier les droits, les territoires et les durées déjà confiés à la SOCODA ou à une autre structure.

Les accords de représentation réciproque entre sociétés (via la CISAC, dont la SOCODA est membre depuis 1972) peuvent parfois être plus adaptés qu’une multiplication des affiliations.

Ce qu’il faut faire : diversifier ses canaux de perception, mais éviter de confier les mêmes droits sur les mêmes territoires à plusieurs organismes sans avis professionnel.

TuneCore Sync : une porte vers les films, séries et publicités

Les artistes congolais ne doivent pas attendre qu’un producteur de cinéma les contacte directement. Certaines plateformes peuvent présenter leurs chansons à des superviseurs musicaux et rechercher des placements dans des films, des séries, des publicités, des jeux vidéo ou des bandes-annonces.

TuneCore ne propose pas uniquement la distribution numérique. Son service TuneCore Sync sélectionne et présente des oeuvres à des superviseurs musicaux, des studios, des agences et d’autres professionnels de l’audiovisuel. Selon la plateforme, son équipe répond aux demandes des superviseurs, prépare des sélections musicales pour des productions et négocie les conditions financières des placements. Le service est actuellement accessible aux clients de TuneCore Publishing Administration qui distribuent également leur musique par TuneCore.

D’autres services, comme CD Baby, proposent également des possibilités de synchronisation. Les artistes peuvent aussi travailler avec des éditeurs musicaux, des agents spécialisés ou des bibliothèques musicales. Mais l’inscription sur une plateforme ne garantit aucun placement. Les superviseurs choisissent les chansons en fonction des besoins du projet, du budget, de la qualité de l’enregistrement et de la disponibilité des droits.

Pour augmenter ses chances, l’artiste doit préparer : un fichier WAV de qualité professionnelle, une version instrumentale, une version sans paroles explicites, les paroles et leur traduction si nécessaire, les informations complètes sur les auteurs et compositeurs, les pourcentages détenus par chaque ayant droit, la confirmation de la propriété du master, les autorisations relatives aux samples éventuels, une courte présentation de l’artiste et des coordonnées permettant de répondre rapidement à une proposition.

La disponibilité immédiate de tous les droits représente un avantage majeur. Lorsqu’un artiste contrôle à la fois la composition et le master, le placement peut être autorisé plus rapidement. Dans l’industrie de la synchronisation, on parle souvent de titre « one-stop », car un seul interlocuteur peut valider l’ensemble des droits.

Attention aux commissions et aux autorisations accordées

Les plateformes de synchronisation peuvent créer de nouvelles opportunités, mais leurs conditions doivent être examinées attentivement.

Au moment de la publication de cet article, TuneCore indique retenir 50 % des frais de licence de synchronisation obtenus par son service Sync. Cette commission est distincte de celle appliquée à l’administration des revenus éditoriaux. La plateforme précise également qu’en rejoignant TuneCore Sync, l’artiste préautorise généralement son équipe à présenter et à licencier ses chansons. Une validation spécifique n’est pas systématiquement demandée pour chaque placement, sauf notamment lorsque l’utilisation concerne un contenu sensible ou controversé.

Avant de confier son catalogue à une plateforme de synchronisation, l’artiste doit vérifier : le taux de commission, la durée du mandat, son caractère exclusif ou non, les territoires concernés, les droits confiés à la plateforme, la possibilité de refuser certaines utilisations, les conditions de retrait du catalogue, le délai et le mode de paiement, et la possibilité de continuer à chercher personnellement des placements.

L’enseignement du cas Papy Tex n’est donc pas seulement qu’il faut signer un contrat. Il faut également créer une stratégie active de synchronisation, rendre son catalogue accessible aux professionnels de l’audiovisuel et choisir des partenaires capables de négocier et de suivre les utilisations.

Une réforme encore attendue en RDC

Face aux difficultés du système actuel, le gouvernement congolais a engagé une réforme de la gestion collective des droits d’auteur et des droits voisins. En avril 2025, le Conseil des ministres a validé le principe de la création d’une structure publique, avant le lancement de consultations avec les associations et les corporations culturelles.

Cette réforme représente une possibilité d’améliorer la transparence et la répartition. Mais tant que la nouvelle structure n’est pas pleinement mise en place et opérationnelle, elle ne doit pas être présentée comme un mécanisme déjà capable de remplacer la SOCODA.

Les artistes ne peuvent donc pas attendre la réforme pour se protéger. Ils doivent dès maintenant professionnaliser la gestion de leurs oeuvres.

La checklist indispensable avant de publier une chanson

Avant chaque sortie, un artiste devrait pouvoir répondre « oui » aux questions suivantes :

  • Les auteurs, compositeurs et producteurs ont-ils signé une fiche de répartition ?
  • Le propriétaire du master est-il clairement identifié ?
  • Les codes ISRC, ISWC et IPI sont-ils correctement renseignés ?
  • L’oeuvre a-t-elle été déclarée auprès des structures compétentes ?
  • Le contrat avec le distributeur a-t-il été lu et compris ?
  • Les revenus du master et ceux de la composition sont-ils suivis séparément ?
  • Toute utilisation dans un film, une publicité ou une série fait-elle l’objet d’une licence écrite ?
  • Des versions instrumentales et sans paroles explicites sont-elles disponibles ?
  • Tous les samples ont-ils été légalement autorisés ?
  • Les relevés et paiements sont-ils contrôlés régulièrement ?
  • Les mêmes droits n’ont-ils pas été confiés à plusieurs organismes de manière contradictoire ?
  • Les conditions des plateformes de synchronisation ont-elles été vérifiées ?

Le cas Papy Tex, une leçon pour toute l’industrie

L’histoire racontée par Papy Tex dépasse son parcours personnel. Elle rappelle qu’une chanson peut continuer à être diffusée et commercialisée plusieurs décennies après sa création. Une mauvaise décision prise au début de son exploitation peut entraîner des pertes pendant des années.

En RDC, la protection des artistes ne dépend pas uniquement des lois ou des sociétés de gestion. Elle passe aussi par l’éducation, la traçabilité, la qualité des contrats et la capacité de chaque créateur à suivre son propre catalogue.

Les royalties sont un droit, mais leur perception exige une véritable organisation. Créer une chanson ne suffit plus : il faut également savoir l’identifier, la déclarer, la licencier, la distribuer et contrôler les revenus qu’elle génère.

Quel artiste congolais pensez-vous avoir été le plus lésé dans la gestion de ses droits d’auteur ?


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Écrit par Kaniama Bauer

Une équipe de passionnés

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