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Boketshu wa Yambo veut revenir à la musique : fin du combat ou calcul tactique ?

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Boketshu wa Yambo
Boketshu wa Yambo

Après plus d’une décennie de confrontation frontale avec les artistes congolais, Boketshu Wayambo, figure emblématique des Combattants de la diaspora, a surpris l’opinion publique le 5 août 2026 en demandant publiquement pardon aux musiciens congolais. « Je leur demande pardon, je leur donne de l’amour », a-t-il déclaré dans un message relayé par mbote.cd. Ce revirement intervient alors qu’il prépare un retour musical. Geste sincère ou calcul tactique ? Les faits permettent de poser la question.

Le mouvement des Combattants : rappel des faits

Le phénomène combattant émerge autour de 2010-2011 au sein de la diaspora congolaise en Europe, principalement en Belgique et en France. Le principe : boycotter les concerts d’artistes congolais accusés de complicité avec le régime de Joseph Kabila, alors président de la RDC.

Boketshu Wayambo, ancien musicien reconverti en activiste, devient le principal porte-voix du mouvement. Laurent Sokoko, homme d’affaires congolais installé à Luanda, en est le principal financier. Ensemble, ils organisent des campagnes de pression sur les salles européennes, provoquent des annulations et instaurent un climat de menace autour des prestations scéniques congolaises.

Les conséquences pour l’industrie musicale sont lourdes : pendant des années, l’Europe, qui constituait le premier marché de tournées pour les artistes congolais, se ferme presque entièrement.

Sokoko d’abord, Boketshu ensuite : chronologie d’un désarmement progressif

Le premier basculement intervient en mai-juin 2022, lorsque Laurent Sokoko se désolidarise publiquement de Boketshu. Il annonce être favorable au retour des concerts et demande pardon aux musiciens : « Je demande pardon à tous les musiciens congolais », déclare-t-il, regrettant les années de souffrance infligées aux artistes.

La réaction de Boketshu est alors immédiate et sans ambiguïté : « Ici, en Europe, il n’y aura pas de musique. Nous refusons le mensonge », affirme-t-il dans une réponse relayée par la presse congolaise. À ce moment-là, les deux figures du mouvement sont en rupture totale.

En janvier 2023, Sokoko va plus loin. Sur un plateau télévisé, il fond en larmes et révèle que Boketshu et un certain Commandant Ezo auraient eu un projet d’attaque violente contre Koffi Olomide lors d’un concert prévu en 2021. Sokoko demande explicitement pardon à Koffi Olomide et à sa famille. En octobre 2024, il présente également des excuses au président Félix Tshisekedi.

La déclaration de Boketshu du 5 août 2026 marque donc un changement de position radical par rapport à sa posture de 2022. Quatre ans après avoir rejeté toute idée de réconciliation, il emprunte le même chemin que Sokoko.

Fally Ipupa, celui qui a brisé le blocus

Le 28 février 2020, Fally Ipupa se produit à l’Accor Arena (ex-Bercy) à Paris malgré les campagnes de boycott. Le concert se tient, mais des émeutes éclatent aux abords de la salle, provoquées par des manifestants hostiles. Fally Ipupa a lui-même déclaré à Jeune Afrique qu’il n’oubliera jamais cette date. L’événement est perçu comme une victoire symbolique des artistes sur le mouvement combattant.

Le 25 novembre 2023, Fally remplit la Paris La Défense Arena (plus de 40 000 spectateurs), confirmant que le blocus est définitivement brisé. En mai 2026, il se produit au Stade de France, ce qui lui vaut une décoration au grade de Chevalier de l’Ordre national des Léopards, le 6 juin 2026.

Malgré ses appels généraux à l’apaisement, Boketshu maintiendrait une hostilité personnelle envers Fally. Dans une publication récente sur les réseaux sociaux, il aurait déclaré : « Ne me parlez pas de Fally Ipupa, je n’aime pas des impolis. » Si cette déclaration est confirmée et postérieure à sa demande de pardon du 5 août, elle révèlerait que la réconciliation comporte des exceptions notables.

Le retour musical de Boketshu : EP, Bercy et nouveau positionnement

En août 2025, Boketshu annonce un retour à la musique. Il prévoit un EP de quatre titres (deux rumba, deux morceaux dansants) et envisage des concerts à Kinshasa, Luanda et Brazzaville, ainsi qu’un projet de concert à Bercy.

« Ça fait 27 ans que je n’ai pas sorti une chanson. J’aimerais que mes fans soient servis. J’ai beaucoup défendu mon pays, mais que les gens n’oublient pas que j’ai aussi un talent d’artiste », a-t-il déclaré au chroniqueur David Mombele, selon mediacongo et Eventsrdc. Il a également appelé les musiciens congolais à collaborer avec lui, soulignant que leur apport serait « le bienvenu ».

Pour rappel, Boketshu avait fait vibrer la RDC avec son groupe Classic Swede Swede, fondé en 1985 et pionnier de la musique tradi-moderne basée sur le folklore mongo. En 2021, il avait déjà sorti « Bandoki », un remix du titre de Franco Luambo Makiadi, dans lequel il ciblait nommément des personnalités politiques congolaises.

La séquence est donc la suivante : annonce du retour musical (août 2025), appel à la collaboration des artistes, puis demande de pardon formelle (août 2026). Il est difficile de ne pas noter que la demande de pardon intervient au moment précis où Boketshu a besoin du réseau des musiciens congolais pour concrétiser ses projets de concerts et d’album. La coïncidence temporelle ne prouve pas l’insincérité, mais elle pose légitimement la question.

Un armistice, pas encore une réconciliation

Le boycott des concerts congolais en Europe est terminé dans les faits. Fally Ipupa, Ferré Gola, Koffi Olomide et d’autres se produisent librement dans les grandes salles européennes. Sokoko a reconnu ses torts dès 2022. Boketshu vient de le faire en août 2026.

L’héritage du mouvement combattant reste clivant. Pour certains, il incarnait une colère légitime de la diaspora face à un régime autoritaire. Pour d’autres, il a instrumentalisé la musique comme otage d’un combat politique qui n’avait rien à voir avec elle. Ce qui est mesurable, c’est le coût : des années de revenus perdus pour les artistes, des carrières ralenties et un marché européen qui a mis du temps à se reconstruire.

La demande de pardon de Boketshu est un fait nouveau et significatif. Mais la persistance de rancunes personnelles (notamment envers Fally Ipupa) et le timing lié à son retour musical montrent que la page n’est pas encore entièrement tournée.

Et vous, pensez-vous que le mouvement combattant a fait plus de mal que de bien à la musique congolaise ?


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Écrit par Kaniama Bauer

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