Ce n’est plus un simple défi sur les réseaux sociaux. Le Challenge #VisitLuilu est devenu en quelques jours la caisse de résonance brutale et créative d’une population exaspérée.
Alors que les images officielles mettent souvent en avant les artères asphaltées du centre-ville de Kolwezi, ce défi lancé par les habitants du secteur de Luilu lève le voile sur une réalité bien plus sombre et étendue : un manque criant d’infrastructures routières qui paralyse le quotidien de milliers de personnes.
Le miroir déformant des réseaux sociaux
Sur TikTok, Facebook et Instagram, le challenge a pris d’assaut les fils d’actualité. Le concept est simple, mais percutant : des artistes, des jeunes, et même des couples, se filment en train d’évoluer sur les routes impraticables de Luilu, des sentes de poussière, de sable et de boue qui se transforment en piège dès la première averse.
La créativité est au rendez-vous pour souligner l’absurdité de la situation. On voit ainsi :

- .Un jeune homme en costume-cravate, pressé de se rendre à un entretien ou à ses études, chuter lourdement dans une mer de boue, salissant irrémédiablement sa tenue de ville.
- Un couple en tenue de mariage immaculée, joyeux et plein d’espoir, voir son trajet vers la cérémonie transformé en cauchemar. La chute est inévitable, la robe et le costume souillés, symbolisant l’échec des rêves face à la dure réalité du terrain.
- Des motocyclistes luttant héroïquement pour extraire leurs engins ensablés, sous le regard impuissant des passagers.

Chaque vidéo, souvent teintée d’une ironie mordante, est un coup de poing. Loin de toute misérabilité, le ChallengeVisitLuilu utilise l’humour et la dramatisation pour frapper les esprits et provoquer une prise de conscience au-delà des frontières de la province du Lualaba.
Luilu : « La partie qui cache l’iceberg »
Si le challenge porte le nom de Luilu, les habitants sont les premiers à le dire : leur secteur n’est qu’un exemple parmi d’autres.
« Luilu est malheureusement la partie qui cache l’iceberg », peut-on lire dans les commentaires.
De nombreux secteurs dans plusieurs territoires souffrent du même abandon, isolant les populations et entravant toute forme de développement économique et social.
Le véritable drame, au-delà des chutes spectaculaires, est celui du coût exorbitant de la vie qu’impose cet isolement. Les témoignages recueillis sont édifiants. Un étudiant confie dépenser au moins 20.000 francs congolais par jour rien que pour le transport afin de quitter Luilu et se rendre au centre-ville pour étudier. Une somme faramineuse que la majorité des parents, déjà frappés par le « sous-développement qui règne dans ce secteur », ne peuvent tout simplement pas prendre en charge. L’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi devient ainsi un privilège financier.

Un message adressé aux autorités
Au-delà du buzz et du divertissement, le #ChallengeVisitLuilu est un plaidoyer urbain adressé directement aux autorités. Il dit, sans ambages :
« Regardez dans quel état nous devons vivre. Regardez les obstacles que nous devons surmonter chaque jour pour simplement exister. Vos réalisations en centre-ville sont bonnes, mais n’oubliez pas la périphérie, n’oubliez pas ceux qui souffrent en silence. »
Ce mouvement viral souligne l’émergence d’une jeunesse congolaise consciente et connectée, qui utilise les outils modernes pour revendiquer ses droits fondamentaux et exiger des comptes. Elle ne se contente plus de subir ; elle documente, elle dénonce, elle interpelle.
La balle est désormais dans le camp des décideurs. Le #ChallengeVisitLuilu a réussi son pari : rendre visible l’invisible. Reste à savoir si ce cri du cœur, porté par le rire et la boue, sera entendu et se traduira par des actions concrètes pour désenclaver ces populations et leur offrir enfin la dignité d’une route praticable.
Pop KIDIMBU
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