Depuis ses débuts en solo, Dadju traîne une étiquette tenace, celle du « petit frère de Gims », propulsé par la notoriété de son aîné. Une lecture que l’artiste refuse catégoriquement. Dans une prise de parole franche, il remet les pendules à l’heure sur la part réelle de son frère dans sa réussite et sur ce qui, selon lui, ne se délègue pas : le choix du public.
« Gims a mis les projecteurs sur moi, le reste, c’est mon travail »
Dadju ne nie pas l’appui de son frère. Il le reconnaît même volontiers : « Il m’a mis sur une scène, les projecteurs sur toi, le reste, débrouille-toi. » Mais il pose aussitôt la limite de ce coup de pouce : « On peut mettre les projecteurs sur toi, mais si tu ne sais pas faire le travail, il ne va pas t’arriver grand-chose. »
Autrement dit, la lumière ne suffit pas. Encore faut-il savoir quoi en faire. Une manière de dire que la visibilité offerte par un aîné célèbre n’est qu’un point de départ, jamais une garantie.
« Le piston est un peu limité »
L’artiste pousse la réflexion plus loin en s’attaquant frontalement à la notion de piston, souvent brandie comme une explication facile à sa carrière : « Le piston est un peu limité. Je peux mettre n’importe qui sur l’estrade, mais c’est le public qui choisit. »
Une formule qui déplace le débat, ce n’est pas l’entourage qui fait une carrière, c’est l’adhésion du public. Et Dadju de refuser la formule réductrice qu’on lui oppose : « Je ne peux pas laisser dire : « Parce que Gims… » Parce que Gims, quoi ? »
L’argument Michael Jackson
Pour appuyer sa démonstration, Dadju convoque un exemple radical : « Michael Jackson aurait pu faire percer n’importe qui. Tous ses frères auraient pu être des superstars. C’est le public qui choisit. »
L’argument est habile. Si le lien de sang ou la proximité avec une icône suffisait, la famille Jackson entière serait au sommet. Or, seule une poignée de ses membres a réellement marqué l’histoire. La parentèle ouvre des portes ; elle ne les garde pas ouvertes.
« Gims a dit : à vous de juger »
Dadju raconte alors la scène fondatrice de sa carrière telle qu’il la perçoit : « Gims a mis les projecteurs sur moi en disant : « Je vous présente Dadju, mon petit frère. À vous de juger. » »
Dans cette mise en récit, Gims ne force rien. Il présente, puis s’efface. Le verdict appartient aux auditeurs. Et c’est précisément ce verdict que Dadju revendique : « Si j’en suis là, c’est parce que le public m’a choisi. »
« J’ai travaillé plus que vos artistes »
La réponse de Dadju se fait ensuite plus incisive, presque défensive, quand il évoque l’ampleur du travail fourni : « J’ai travaillé dans ma vie, même plus que vos artistes. Je n’ai fait que ça dans ma vie, jour et nuit. Et j’ai eu des résultats. »
Il rappelle que la réussite commerciale « vendre des millions d’albums » ne s’obtient pas par décret familial : « On n’oblige personne. » Sous-entendu : le public achète, écoute, valide. Aucun nom de famille ne peut contraindre des millions de personnes à aimer une musique.
Un débat qui dépasse Dadju
La sortie de Dadju touche à une question qui traverse tout le milieu artistique : quelle part attribuer au réseau, et quelle part au mérite ? Entre ceux qui voient dans les dynasties musicales (Jackson, Knowles, Hemsworth, ou en France les familles du rap et de la variété) un avantage structurel évident, et ceux qui rappellent que la notoriété ne se transmet pas comme un héritage, le débat reste ouvert.
Dadju tranche à sa manière : le nom ouvre le rideau, mais c’est le public qui décide si la pièce continue. « Gims m’a aidé sur l’estrade, mais vendre des millions d’albums, on n’oblige personne. »
En refusant l’étiquette du « petit frère pistonné », Dadju ne renie pas Gims, il redéfinit sa place. Gims a été le déclencheur, le présentateur, celui qui braque la lumière. Mais Dadju insiste sur ce qui, selon lui, ne s’hérite pas : le talent, le travail et surtout le choix du public. Une manière de revendiquer pleinement une carrière qui, si elle a commencé sous les projecteurs d’un aîné, s’est construite, dit-il, dans l’arène.