Dans une prise de parole rare et sans détour, Dadju, figure emblématique de la scène musicale francophone, a livré une analyse critique sur l’impact des réseaux sociaux et plus particulièrement de TikTok sur l’industrie musicale contemporaine. Une sortie médiatique qui résonne comme un cri d’alerte sur l’évolution des codes de création et de consommation musicale.
« TikTok a détérioré la musique »
Le constat de l’artiste est sans appel :
« Pour moi, TikTok a détérioré la musique. La consommation de la musique est erronée maintenant. Les gens n’écoutent plus la musique, ils en écoutent une partie. »
Une observation qui met en lumière une transformation profonde des habitudes d’écoute. Là où le morceau était autrefois une œuvre à appréhender dans son intégralité, il devient aujourd’hui un fragment, un extrait pensé pour capter l’attention fugace de l’auditeur.
La tyrannie du format court
Dadju pointe du doigt une conséquence directe de cette nouvelle consommation, l’uniformisation des formats.
« Moi, je faisais des sons de quatre minutes. Fais un son de quatre minutes aujourd’hui, les gens vont cracher sur toi. Aujourd’hui, il faut que le son fasse 2 minutes 30 et soit en mode accéléré. Il faut qu’il y ait une partie pour faire une trend. »
Cette pression des tendances impose aux artistes une véritable gymnastique créative. Il ne s’agit plus seulement de composer une chanson, mais de concevoir un produit calibré pour les algorithmes, avec des segments identifiables susceptibles de devenir viraux. La notion de « trend », cette mécanique de reproduction virale propre aux plateformes devient ainsi un impératif commercial qui conditionne la structure même des œuvres.
Un appauvrissement qualitatif ?
C’est sans doute la partie la plus provocante de son propos :
« Actuellement, on est au niveau le plus bas dans la musique, en termes de propositions et de qualité. Il y a quand même des gens forts qui font des hits, etc., mais au niveau général, le niveau a baissé. »
Dadju nuance toutefois son jugement en reconnaissant l’existence de talents et de succès indéniables. Mais il distingue la réussite individuelle de quelques artistes d’une tendance générale à l’appauvrissement des propositions artistiques. Une manière de souligner que l’excellence reste possible, mais qu’elle se heurte à un écosystème qui encourage la standardisation plutôt que l’innovation.
Un débat qui dépasse Dadju
La réflexion de l’artiste s’inscrit dans un débat plus large qui agite le monde musical depuis plusieurs années. De nombreux créateurs, producteurs et critiques s’interrogent sur les effets de l’économie de l’attention sur la création artistique. La logique de l’instantanéité, du scroll infini et de la performance algorithmique tend à privilégier ce qui capte immédiatement l’oreille au détriment de ce qui se révèle dans la durée.
Pour autant, cette critique n’est pas exempte de paradoxes. Dadju lui-même, comme nombre de ses confrères, utilise ces plateformes pour promouvoir sa musique. Le défi consiste alors à naviguer entre les exigences d’un système qu’on critique et la nécessité d’y exister pour toucher son public.
La question qui émerge est essentielle : comment préserver la richesse et la diversité des propositions musicales dans un écosystème conçu pour la rapidité et la viralité ? Comment permettre aux artistes de créer en dehors des diktats du format court, sans pour autant se couper de leur public ?
En définitive,les propos de Dadju ne sont pas qu’une simple critique des réseaux sociaux. Ils constituent une invitation à réfléchir collectivement à ce que nous voulons faire de la musique, un simple fond sonore pour vidéos virales, ou une forme d’expression artistique qui mérite qu’on lui accorde du temps, de l’attention et de l’exigence.
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