Dans la fournaise urbaine de Kinshasa, capitale vibrante et survoltée, une crise silencieuse mais sanglante se joue au quotidien. Pris en étau entre des embouteillages apocalyptiques et un besoin vital de mobilité, les kinois se tournent massivement vers les taxis-moto, les fameux « wewa » ou « Jakarta ». Une solution de
désespoir qui se transforme trop souvent en tragédie, faisant des routes de la ville un véritable champ de bataille où les vies s’envolent chaque jour.
Le constat est implacable : se déplacer en voiture ou en taxi-bus dans la mégalopole est devenu un cauchemar. Des trajets de quelques kilomètres se transforment en épreuves de plusieurs heures, les automobilistes restant bloqués, immobiles, dans un océan de tôle et de klaxons, parfois pendant 2 heures, 3 heures, voire plus. La frustration monte, les rendez-vous sont manqués, l’économie en pâtit.
Face à cette paralysie, le taxi-moto s’impose comme l’option reine : rapide, agile, capable de se faufiler dans le moindre interstice, de slalomer entre les voitures à l’arrêt ou de prendre des chemins de traverse impraticables pour les autres véhicules. Il est souvent le seul moyen d’arriver à l’heure, à un prix abordable pour une population majoritairement précaire.
Mais cette vitesse salvatrice a un coût exorbitant : la sécurité.
La conséquence directe de cet engouement massif et de la pression du « plus vite possible » est un mépris flagrant et généralisé du code de la route par une grande partie des conducteurs : Excès de vitesse vertigineux sur des artères pourtant dégradées, circulation en sens interdit comme une évidence, non-respect des feux tricolores et des stops, dépassements dangereux, y compris dans les virages ou en haut des côtes, pannes techniques non arrangées, surcharge des motos, transportant parfois 3 passagers, absence fréquente de casques pour les conducteurs et, plus encore, pour les passagers.
Le résultat est une hécatombe quotidienne. Les services d’urgence et les morgues de la capitale enregistrent chaque jour de nouveaux cas d’accidents impliquant des taxis-moto. Des scènes de violence routière deviennent banales : corps projetés sur le macadam, motos disloquées, passagers et conducteurs gravement blessés ou tués sur le coup. Des vies sont brisées, des familles plongées dans le deuil et la détresse financière, laissant derrière elles un sillage de douleur et d’impuissance. Les artères comme le Boulevard Lumumba, l’Avenue de l’OUA, ou l’Axe Matadi kibala, rond point ngaba, lemba, selembao, bandal…bref quasiment toutes les routes sont régulièrement le théâtre de ces drames.
L’appel à l’action est urgent et vital
Si Kinshasa veut éviter la catastrophe annoncée et protéger la vie de ses habitants, les décideurs à tous les niveaux (Gouvernorat de la Ville, Ministère des Transports, Police de la Roulage) doivent impérativement s’emparer de ce dossier avec la plus haute priorité. Des solutions pérennes et multidimensionnelles sont nécessaires notamment la régulation drastique du secteur : Enregistrement et identification sérieuse des conducteurs et des motos, formation obligatoire et rigoureuse au code de la route et à la conduite défensive, contrôle technique régulier des engins, obligation stricte du port du casque homologué (fourni au passager). Aussi, les Infrastructures dédiées et sécurisées :Aménagement de voies ou de zones spécifiques pour les deux-roues où c’est possible, amélioration urgente de l’état général des routes et de la signalisation.
Il y a aussi, le contrôle et répression renforcés :Présence effective et dissuasive de la police pour sanctionner immédiatement et sévèrement les infractions (vitesse, sens interdit, non-port du casque, surcharge).
Par le Désengorgement du trafic est aussi bénéfique : Investissement massif et planifié dans les transports en commun collectifs efficaces et accessibles (bus modernes, réhabilitation du train urbain…) pour offrir une véritable alternative sécurisée et réduire la dépendance aux motos et aux voitures individuelles.
Penser notamment aux campagnes de sensibilisation choc : Pour les conducteurs sur leurs responsabilités et les risques mortels qu’ils font courir, et pour les usagers sur l’importance du port du casque et le choix de conducteurs responsables.
Les taxis-moto sont le symptôme d’un mal plus profond : l’asphyxie de Kinshasa par ses propres embouteillages et le manque criant d’options de transport fiables et sûres.Ils répondent à un besoin réel, mais au prix d’un carnage routier inacceptable. Il est temps que la rapidité ne rime plus avec la mort. Les autorités doivent agir maintenant, avec détermination et vision, avant que le bilan quotidien ne devienne encore plus insoutenable. La vie de milliers de Kinois est en jeu sur chaque mètre d’asphalte de la capitale. L’inaction n’est plus une option, c’est une condamnation à mort.
✍ Pop KIDIMBU
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