Un patriarche lucide de la rumba, Koffi Olomide n’a jamais eu sa langue dans sa poche. Dans une récente déclaration, le grand mopao a livré une analyse sans concession sur l’état de la rumba, ce genre musical inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO.
Pour Quadra, le constat est double, les jeunes artistes regorgent de talent, mais ils tournent le dos à l’essence même de la rumba. Une situation qu’il juge préoccupante pour la survie du genre.
« Ils ont du talent, mais ce n’est pas de la rumba »
L’artiste de 70 ans tient d’abord à saluer la créativité de la nouvelle vague. Il cite notamment Zakalara, qu’il présente comme sa dernière découverte, et affirme multiplier les featurings avec la jeune génération pour les soutenir.
« La nouvelle génération a du talent. Il y a du talent. Ma dernière découverte, c’est Zakalara. Il y en a plein. Je fais beaucoup de featurings avec les jeunes pour les soutenir. »
Un discours encourageant qui laisse pourtant place à une vive inquiétude. Koffi déplore en effet que ces mêmes talents s’éloignent des codes traditionnels de la rumba pour explorer d’autres horizons musicaux.
« Tous ces jeunes ne font pas de la rumba. Comme Innoss’B a fait son Afrocongo, chacun a son style. Si c’est eux qui représentent la relève, c’est un peu inquiétant pour la rumba. »
Une allusion directe au titre Afrocongo d’Innoss’B, qui mêle avec succès rythmes modernes et influences urbaines, mais qui, aux yeux du Mopao, s’inscrit en rupture avec la rumba classique.
Un arrêt de mort silencieux ?
L’expression est forte, mais Koffi Olomide ne mâche pas ses mots, en diversifiant les sonorités et en s’éloignant des racines du genre, la nouvelle génération signerait, sans le vouloir, l’arrêt de mort de la rumba.
Une mise en garde qui résonne comme un appel à la responsabilité. Pour le patriarche, il ne s’agit pas de nier l’évolution musicale, mais de ne pas perdre de vue l’héritage laissé par les pionniers : Franco, Tabu Ley, Papa Wemba, et tant d’autres.
Mais l’espoir demeure
Malgré ce sombre tableau, Koffi Olomide refuse de céder au pessimisme. Il réaffirme sa confiance en la jeune génération et son désir de continuer à la guider.
« Mais j’ai confiance. Il y a des jeunes talentueux. »
Une phrase qui résume sa position, critique mais pas défaitiste. Le grand voit en ces talents la promesse d’un renouveau, à condition qu’ils réinvestissent la rumba avec authenticité et fierté.
La rumba en mutation ou en danger ?
La question divise les observateurs de la scène musicale congolaise. D’un côté, certains estiment que la rumba doit évoluer pour séduire un public plus jeune et rester vivante. De l’autre, des puristes comme Koffi Olomide appellent à préserver son âme et sa structure.