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La chronique musicale en RDC : nécrologie d’un géant assassiné
Giorgio Armani, l'architecte de l'élégance éternelle, s'est éteint à 91 ans

La chronique musicale en RDC : nécrologie d’un géant assassiné

Il fut un temps où la plume était tranchante, l’analyse redoutée et l’opinion respectée. Un temps où des noms comme Manda Tchebwa, Ilunga mwana Bute,Paulin Mukendi ou Yves Kambala, Nico Kalambay…faisaient trembler les majors et danser les mélomanes. Leur chronique n’était pas un simple bulletin de sortie d’album ; c’était une leçon d’histoire, une dissection artistique, un verdict sans appel qui sculptait le patrimoine musical congolais

Aujourd’hui, ce panthéon est en ruines. La chronique musicale en République Démocratique du Congo, autrefois pilier de l’industrie du disque, se meurt à petit feu, étranglée par la précarité, la partisanerie et l’irruption des charlatans de l’ère numérique.

L’âge d’Or : Quand la critique érigeait les légendes

Pour comprendre la tragédie actuelle, il faut se souvenir de la grandeur passée. Les chroniqueurs de l’époque étaient des érudits. Ils maîtrisaient l’histoire des orchestres, la théorie musicale, les nuances entre la rumba, le soukous et  ndombolo. Leur critique était un exercice exigeant : elle contextualisait une œuvre, décortiquait les arrangements, jugeait la poésie des textes et la qualité de l’interprétation. Ils n’étaient pas payés par les artistes, mais par leurs médias, ce qui garantissait une certaine indépendance. Leur pouvoir était immense : une bonne analyse pouvait propulser un inconnu vers le sommet une mauvaise critique pouvait obliger un géant à se remettre en question.

La grande désillusion : la précarité et le cloisonnement en camps

Le premier coup de couteau est venu de l’effondrement économique des médias traditionnels. Les chroniqueurs, jadis respectés et (correctement) rémunérés, se sont retrouvés dans une précarité abyssale. Sans salaire fixe, la chronique est passée d’une vocation à une simple « combine », un moyen de survie.

C’est ici que le cancer s’est installé : la partition en camps. Pour « vivre et voyager », comme vous le notez justement, nombre de chroniqueurs ont troqué leur objectivité contre un plat de lentilles. Ils se sont vendus à des musiciens, des producteurs ou des politiciens qui parrainent des artistes. Désormais, on ne chronique plus une chanson, on défend un camp.

Le paysage médiatique musical est ainsi devenu le théâtre d’une guerre par procuration. Être pro-Wenge, pro-Ferre Gola ou pro-Fally, n’est plus une préférence esthétique, c’est une allégeance professionnelle.

Chroniquer un artiste du camp adverse, c’est s’exposer aux insultes, aux pressions et au risque de se voir couper ses maigres subsides. Cette polarisation a anéanti toute forme d’analyse neutre. Les émissions ne sont plus que des tribunes de propagande où l’on encense sans discernement son « protégé » et où l’on démolit systématiquement l’adversaire. La polémique, creuse et stérile, a remplacé le débat d’idées.

L’invasion des charlatans : L’ère de l’improvisation

Si le terreau était déjà empoisonné, l’avènement des nouvelles technologies et des réseaux sociaux a donné naissance à une nuisance parallèle : l’improvisation généralisée. Tout smartphone équipé d’un microphone suffit désormais à faire de son propriétaire un « chroniqueur ».

Ces apprentis-sorciers, ignorant tout des ABC du métier,histoire de la musique, techniques vocales, structure harmonique inondent YouTube, Facebook et les radios de proximité de contenus au mieux insignifiants, au pire nocifs. Leur critère d’analyse ? Le buzz, les likes, et souvent, le même clientélisme que leurs aînés, mais sans la moindre once de légitimité.

Le phénomène le plus tragique est ce renversement des valeurs : « Les vrais sont devenus de faux en émiettement et les faux d’autres sont applaudis. » Les experts, noyés dans la masse et incapables de rivaliser avec le sensationalisme des imposteurs, perdent leur audience et leur crédibilité. Le public, non averti, finit par prendre le simulacre pour la réalité, applaudissant les charlatans qui le divertissent et ignorant les rares voix qui tentent encore de préserver l’intégrité de la profession.

Y a-t-il un Espoir de résurrection ?

Dans ce désert, quelques oasis résistent encore. De jeunes passionnés, souvent formés en ligne et inspirés par les géants du passé, tentent de ranimer la flamme avec des blogs spécialisés, des podcasts exigeants ou des chaînes YouTube dédiées à une analyse approfondie. Leur audience est niche, mais elle existe.

Le salut ne viendra que d’une prise de conscience collective : de la part des médias qui doivent reinvestir dans une critique indépendante et qualitative ; de la part des artistes qui doivent comprendre qu’une presse libre et exigeante est un atout, pas un ennemi ; et du public, qui doit apprendre à exiger et à consommer une information musicale de qualité.

Sans cela, la chronique musicale congolaise, ce juge si essentiel à la santé de toute scène artistique, ne sera bientôt plus qu’un vieux disque vinyle rayé, dont on se souvient du son sans jamais pouvoir le réécouter. Elle aura été assassinée par ses propres enfants, qui, pour un voyage ou un repas, auront vendu l’héritage de Manda Tchebwa.

Pop KIDIMBU


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