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La chronique musicale est-elle morte ? Entre incompétence, camps d’influence et mépris des artiste

·5 min de lecture
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Kinshasa a longtemps eu ses temples de la musique. Des studios de radio aux plateaux de télévision, la chronique musicale était un rendez-vous où l’on décortiquait la rumba, célébrait les grandes voix et défendait la mémoire d’un patrimoine national. Aujourd’hui, ce rendez-vous menace de se transformer en simple arène de bruit, de règlements de comptes et de questions sans fond. Et lorsque la critique musicale s’affaiblit, ce n’est pas seulement une profession qui vacille, c’est toute la culture congolaise qui perd un de ses miroirs.

Une tradition qui a fait la grandeur de Kinshasa

Il fut un temps où l’on ne devenait pas chroniqueur musical ou culturel par hasard. On connaissait les œuvres, les maisons de disque, les orchestres, les ruptures stylistiques, les parcours des artistes et l’histoire profonde de la culture congolaise.

Des figures comme Manda Tchebwa, Benoît Lukunku Sampu, Émile Lukezo ou Paulin Mukendi, Nico kalambay, Kaki Akiewa…ont incarné cette exigence, ils ne se contentaient pas de recevoir un artiste sur un plateau, ils l’inscrivaient dans une histoire.

Manda Tchebwa, notamment, est reconnu comme l’un des pionniers de la chronique musicale en RDC et a marqué la télévision nationale avec des émissions devenues légendaires. Son parcours rappelle que le chroniqueur n’était pas un simple animateur, c’était un passeur de mémoire, un analyste et parfois un gardien de la dignité artistique. 

Quand le micro devient une tribune sans boussole

Aujourd’hui, le constat est amer. Trop d’émissions privilégient l’invité spectaculaire plutôt que l’analyse sérieuse. On préfère la phrase choc à la question documentée, la provocation à la nuance, le « buzz » à la vérité. Le chroniqueur devient animateur de scandale ; l’artiste, fournisseur de punchlines ; le public, spectateur d’un combat dont il ne retire souvent ni savoir ni plaisir esthétique.

Or, une chronique musicale ne se résume pas à demander à un artiste s’il a « trahi » tel collègue ou s’il répondra aux attaques de tel rival. Elle devrait expliquer pourquoi une œuvre touche, ce qu’une voix raconte, comment un style évolue, ce qu’une carrière révèle de son époque. Sans cette profondeur, le débat musical se vide de son sens.

Les camps d’influence, ennemis de la critique

Plus inquiétante encore est la multiplication des camps. Certains chroniqueurs semblent avoir un artiste à défendre, un clan à servir, une vendetta à nourrir. L’éloge devient publicité déguisée ; la critique, une arme personnelle. La neutralité pourtant indispensable à toute forme de journalisme culturel cède la place aux alliances, aux faveurs et aux silences achetés.

Cette logique détruit la crédibilité de la corporation. Comment un artiste pourrait-il respecter un chroniqueur dont il sait qu’il défendra n’importe quelle thèse contre rémunération ? Comment le public pourrait-il faire confiance à une émission où la question dépend moins de l’œuvre que de l’amitié, de la rancune ou du contrat ? La chronique perd alors sa fonction première : éclairer.

Des artistes qui ne respectent plus la corporation

Cette crise est aussi un miroir tendu aux artistes. Certains musiciens ont contribué à banaliser l’espace médiatique en n’accordant plus de considération aux chroniqueurs, en les traitant comme des relais promotionnels ou en les méprisant dès qu’ils osent poser une vraie question. Mais ce mépris nourrit un cercle vicieux : moins la corporation est respectée, plus elle accepte des compromis ; plus elle accepte des compromis, moins elle mérite le respect.

La musique congolaise a besoin d’interlocuteurs solides. Un artiste sérieux a intérêt à être confronté à des questions exigeantes, à des comparaisons historiques, à une lecture lucide de son œuvre. Ce n’est pas une humiliation : c’est une chance de grandir, de se situer dans la longue histoire de la rumba et de dépasser la logique du tube éphémère.

Sauver la chronique, c’est sauver la mémoire

La rumba congolaise est inscrite au patrimoine culturel de l’humanité, mais un patrimoine ne survit pas seulement grâce aux archives ou aux cérémonies officielles. Il survit parce que des voix le racontent, l’expliquent, le défendent et le transmettent aux jeunes générations.  Si les chroniqueurs abandonnent la rigueur, si les médias récompensent uniquement le bruit, si les artistes méprisent ceux qui devraient les questionner, alors Kinshasa risque de produire beaucoup de vidéos virales et de moins en moins de mémoire musicale.

La chronique musicale kinoise n’est pas condamnée. Mais elle est à la croisée des chemins. Elle peut devenir un simple théâtre de buzz, où l’on crie plus fort qu’on ne pense. Ou elle peut redevenir ce qu’elle a été : un espace de savoir, de débat, de transmission et d’amour exigeant pour la musique congolaise.

Kinshasa ne manque pas de talents, ni d’artistes, ni de publics passionnés. Ce qui manque, peut-être, c’est le courage de remettre de l’exigence dans le micro. Car lorsqu’il n’y aura plus personne pour comprendre, raconter et critiquer la musique avec sérieux, il ne restera bientôt plus grand-chose à chroniquer ni personne de crédible pour le faire.

✍️ Pop KIDIMBU

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Écrit par pop Kidimbu

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