En République démocratique du Congo, certaines églises dites « de réveil » ont progressivement transformé la prédication en spectacle médiatique. Des pasteurs, apôtres et prophètes s’insultent, se dénoncent et lancent des attaques personnelles devant leurs fidèles, tandis que des extraits de cultes et des « jetons » circulent rapidement sur les réseaux sociaux. Ce qui devrait édifier et appeler à la repentance nourrit plutôt la moquerie, la division et la médiocrité.
Le cas de Jules Mulindwa illustre cette dérive. Ses vidéos, très partagées en ligne, le montrent attaquant sans grande retenue des collègues pasteurs, des personnalités publiques ou des détracteurs. Cet article souligne notamment des propos perçus comme une attaque contre Marcello Tunasi, dont l’épouse, Blanche Odia Kandolo Tunasi, est décédée en juin 2024. Utiliser le deuil, une tragédie familiale ou des rumeurs pour faire le buzz dépasse les limites de la liberté religieuse et relève d’une véritable cruauté médiatique.
La culture des « jetons », ces piques et moqueries lancées en public, remplace peu à peu la parole spirituelle. Elle banalise l’insulte au nom de la religion, transforme les fidèles en spectateurs complices et détourne l’attention des questions essentielles : formation biblique, intégrité financière, accompagnement des familles et crédibilité morale des responsables d’églises. Cet article ne condamne pas toutes les églises évangéliques, car beaucoup œuvrent réellement à la prière, à l’espérance et à l’accompagnement social, mais une minorité bruyante nuit à l’image de l’ensemble.
Derrière ces querelles se cache aussi la marchandisation de la foi, certaines églises fonctionnent comme des entreprises de communication, où le pasteur devient une marque, le culte un contenu et le fidèle un consommateur émotionnel. Cependant, les chrétiens congolais doivent exiger une prédication centrée sur l’Évangile, le respect de la dignité d’autrui, la transparence financière et la fin des accusations publiques non prouvées. Le véritable réveil, ne se mesure pas au bruit ou aux vidéos virales, mais à la transformation des vies, à l’humilité, à la compassion et au respect de la vérité.
Enfin, cette situation interpelle également les autorités, les médias et la société congolaise dans son ensemble. Si la liberté de culte doit être protégée, elle ne saurait servir de prétexte à la diffamation, à l’exploitation de la souffrance d’autrui ou à la manipulation émotionnelle des fidèles. Les médias, en relayant ces provocations uniquement pour leur audience, participent parfois à amplifier le phénomène. Il est donc nécessaire de favoriser un débat religieux responsable, fondé sur le respect, la vérification des faits et la protection des familles touchées par des drames publics. Une église qui veut réellement incarner le réveil doit redevenir un lieu de consolation, d’enseignement et d’espoir, plutôt qu’une scène de conflits et de scandales.