Dans les ruelles poussiéreuses des quartiers 13 et 7 de la commune de Nd’jili, une justice expéditive et brutale a remplacé la procédure judiciaire. Ici, il n’y a pas de présomption d’innocence en cas de flagrance , pas de procès, pas de cellule. Pour les individus qu’on attrapent de vol ou de criminalité, le verdict est immédiat et la sentence, irréversible : le passage à tabac, suivi du lynchage et souvent de l’immolation par le feu.
Ce phénomène, loin d’être un fait divers isolé, s’est enraciné comme une pratique courante, une réponse désespérée d’une population qui affirme avoir perdu toute confiance en ses institutions.
Le terrain de l’impuissance
« La police ? Elle les relâche après qu’on ait payé une caution », lance Reagan Mbemba, habitant du quartier 13.
« Ils volent le soir, et sont de retour dans la rue le lendemain. Nous, nous n’avons plus le choix. C’est une question de survie. » a-t-il ajouté.
Ce sentiment d’abandon est partagé par de nombreux résidents. Ils décrivent un système judiciaire perçu comme corrompu, lent et inefficace, incapable de les protéger contre une délinquance souvent violente. Dans ce vide sécuritaire, la colère couve et finit par exploser en une violence collective et primitive.
Le mécanisme d’une foule en colère
Le scénario est presque toujours le même. Un individu est pris en flagrant délit de vol ou est désigné comme tel. L’alerte est donnée, souvent par des cris. Rapidement, une foule se forme. Les accusations fusent, les coups pleuvent. La personne est battue, parfois à mort, avant d’être traînée pour être brûlée, souvent avec des pneus, une méthode de mise à mort devenue le symbole macabre de cette justice populaire.
Les images de ces scènes, filmées et partagées sur les réseaux sociaux, ajoutent une dimension de spectacle et de terreur à ces actes. Elles servent à la fois d’avertissement pour les potentiels délinquants et de catharsis violente pour une communauté en détresse.
Une spirale infernale et illégale
Si la peur et la frustration des populations sont compréhensibles, les autorités et les défenseurs des droits de l’homme s’alarment de cette dérive.
« C’est un cercle vicieux », analyse Me Grace Lula, avocate et militante des droits humains. « L’inefficacité de l’État pousse à la violence populaire, et cette violence elle-même mine davantage l’État de droit. On tue des présumés coupables sans preuve, et on risque de faire des innocents des victimes. C’est la loi de la jungle, pas la justice. »
Le code pénal congolais est pourtant sans équivoque : la justice populaire est illégale. Seules les forces de l’ordre et l’appareil judiciaire sont habilités à arrêter, juger et sanctionner.
Quelle issue possible ?
La solution à ce drame récurrent ne réside pas dans une simple condamnation morale des populations. Pour enrayer ce phénomène, une réponse multidimensionnelle est urgente : Rétablir la confiance : Les autorités policières et judiciaires doivent impérativement regagner la confiance des citoyens en luttant contre la corruption en leur sein et en démontrant leur efficacité à traiter les cas de criminalité…
En attendant, dans les quartiers 13 et 7 de Nd’jili, la peur a changé de camp. Mais cette justice de la foule, née de la détresse, ne fait qu’ajouter l’horreur à l’insécurité, creusant un peu plus le fossé entre un peuple qui se sent livré à lui-même et un État dont l’autorité s’évapore dans la fumée des bûchers.
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