Après des semaines d’opérations, les services de sécurité ont annoncé le démantèlement d’un groupe armé qui sévissait à Kindele, cogelos,Kimwenza et le Plateau. Un succès pour les autorités. Pourtant, deux militaires des FARDC figurent parmi les suspects. Rencontre avec des habitants qui, entre soulagement et colère, racontent des mois de terreur.
Arrivé sur le marché de Kimwenza, les langues se délient, mais les regards restent méfiants. Les nouvelles de l’arrestation du groupe armé ont circulé vite, portées par les bouches-à-oreille des taxis-motos. Pourtant, derrière le soulagement affiché, une information a glacé les habitants : parmi les suspects interpellés figurent deux militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo.
« On a eu peur. Très peur. Quand on entend qu’un soldat, celui-là même censé nous protéger, fait partie des gens qui viennent cambrioler nos maisons, à qui se fier ? », lâche Jean-Pierre Madiata, habitant le quartier kimwenza. Il montre du doigt sa porte d’entrée, encore marquée par un coup de pied. « C’était il y a trois semaines. Ils étaient trois. L’un d’eux portait une tenue militaire. On a cru d’abord à une patrouille. »
Présentés devant le bourgmestre de Mont-Ngafula, Séverin Lumbu Malamba, les deux soldats ont été décrits comme l’un « un ancien blessé de guerre originaire d’Uvira, tombé dans le banditisme » et l’autre « un élément égaré » de l’état-major général. Des formules qui, aux yeux des riverains, peinent à convaincre.
« Égaré ? Mais comment on égare un militaire avec son arme, son équipement, et qui donne des ordres à des civils ? », s’emporte Nathalie Kibaki., commerçante au Plateau. Elle dit avoir été victime d’une incursion la semaine dernière.
« Ils ont pris tout ce qu’ils pouvaient. Les motos des voisins, l’argent du petit business. Le chef du groupe donnait des instructions calmement. Ce n’était pas des amateurs. »
Les faits semblent lui donner raison, le groupe disposait d’une organisation structurée : équipements militaires (armes,gilets pare-balles, talkies-walkies, uniformes, baïonnette), modes opératoires rodés et, surtout, une complicité avec des civils circulant à moto, utilisés comme éclaireurs pour repérer les cibles avant les opérations.

Car l’insécurité n’était plus une exception à Mont-Ngafula, mais une routine installée. « Les incursions, c’était presque toutes les semaines. Parfois deux fois », détaille Pascal Tandu, responsable d’une association d’alerte du quartier et maître volontaire . « On alertait la police, on alertait le bourgmestre. Parfois on envoyait des messages aux numéros verts. On nous disait « on va venir ». Parfois, personne ne venait. »
Aussi, quand la nouvelle du démantèlement est tombée, nombreux ont soufflé. Mais la satisfaction reste prudente. « On félicite le bourgmestre et le Comité local de sécurité. C’est une vraie prouesse », concède Pascal T. « Mais on veut savoir comment ces militaires ont pu opérer aussi longtemps. Qui les protégeait ? »
Une question d’autant plus brûlante qu’une enquête parallèle vient s’ajouter au dossier. Un militaire aurait été assassiné, et les investigations cherchent à savoir si son meurtre est lié au réseau démantelé.
« Si c’est vrai, alors on n’est pas au bout de nos peurs. Parce que ça voudrait dire que ce groupe avait le pouvoir de tuer un soldat », analyse un habitant du Plateau, qui préfère garder l’anonymat.
Pour le moment, les suspects sont en détention. Les deux militaires relèveront de la justice militaire, tandis que les civils seront jugés par les juridictions ordinaires,a précisé le bourgmestre.
✍️ Pop KIDIMBU
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