Il y a des images qui font réagir bien au-delà du cercle des spécialistes. Le clip de Shakira, sélectionné pour accompagner l’hymne officiel de la Coupe du monde 2026, a déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux dès sa diffusion. En cause : des scènes montrant des danseurs africains évoluant dans un décor de savane et de brousse, une mise en scène que de nombreux internautes et observateurs jugent stéréotypée, réductrice et déplacée pour un événement de cette envergure.
Un imaginaire colonial que beaucoup croyaient révolu
La critique principale adressée au clip est simple et directe. Réduire l’Afrique à l’image de la brousse, c’est puiser dans un imaginaire visuel hérité de l’époque coloniale, celui qui enfermait des sociétés entières dans des représentations rurales et primitivasantes, loin de la réalité d’un continent aujourd’hui multiple et dynamique. Des métropoles comme Kinshasa, Lagos, Nairobi ou Abidjan concentrent des scènes artistiques contemporaines parmi les plus créatives au monde. Des cultures urbaines innovantes coexistent avec des héritages traditionnels vivants et assumés. Cantonner l’Afrique à la forêt et à la savane, c’est effacer tout cela d’un seul coup de caméra.
Ce choix visuel choque d’autant plus que la Coupe du monde 2026 se déroule en Amérique du Nord. Utiliser des clichés africains comme décor exotique pour un événement qui se tient sur un autre continent, c’est exactement le genre de décision qui trahit l’absence de voix africaines dans le processus créatif.
La question de l’inclusivité dans la production
Au-delà du résultat visible, c’est la question du processus qui revient dans les critiques. Qui a pensé ce clip ? Qui a validé ces choix visuels ? Y avait-il des chorégraphes africains, des réalisateurs africains, des stylistes africains dans la pièce au moment où ces décisions ont été prises ? L’impression qui ressort, pour beaucoup d’observateurs, est celle d’un projet pensé de l’extérieur, où des Africains ont été utilisés comme décor vivant plutôt que comme contributeurs créatifs à part entière. Ce n’est pas une question de mauvaise intention. C’est une question de rapport de pouvoir culturel, et de la responsabilité qui vient avec une plateforme mondiale.
Ce que cette polémique réclame concrètement
Les voix critiques ne demandent pas l’effacement des traditions africaines. Elles demandent de la nuance et de la représentation réelle. Des scènes urbaines à côté des scènes traditionnelles. Des créateurs locaux impliqués et crédités. Des artistes africains contemporains mis en avant, pas seulement en arrière-plan. Des traditions présentées dans leur contexte, pas sorties de leur sol pour servir d’exotisme décoratif.
Pour un événement global comme la Coupe du monde, censé célébrer la diversité et l’universalité du football et de la culture, c’est le minimum qu’on est en droit d’attendre.
Une occasion manquée, mais pas définitive
Cette polémique est avant tout un signal. Elle montre que les images comptent, qu’elles façonnent les perceptions internationales durablement, et que le monde observe. Pour Shakira et son équipe, il reste du temps pour corriger le tir si la volonté est là. Plus d’inclusion, plus de nuance, une vraie collaboration avec des équipes africaines. Ce n’est pas une contrainte. C’est la condition pour produire des images qui respectent réellement les peuples qu’elles prétendent représenter.




