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Élections au Comité Olympique Congolais : Une « Succession » qui interroge la démocratie sportive


La publication de la liste définitive des candidats par la Commission électorale du Comité Olympique Congolais (COC) a fait immédiatement planer un lourd sentiment de déjà-vu sur le microcosme du sport congolais. La candidature de Marcel Amos Mbayo Kitenge à sa propre succession à la présidence, sans réelle opposition, et la liste majoritairement incontestée des autres postes clés, dressent le tableau d’une institution verrouillée, que certains observateurs accusent d’être prise en otage depuis plus d’une décennie.

Un paysage électoral étrangement déserté

Le constat est pour le moins éloquent. Selon la liste publiée, les postes stratégiques de vice-présidence, de secrétariat général et de trésorerie générale ne seront disputés que par un seul candidat chacun. Cette absence de compétition est perçue par de nombreux acteurs du sport national comme le symptôme d’un système étouffant toute velléité de contestation.

La seule lueur de compétition, pour le poste de secrétaire général adjoint, oppose Pitshou Bakambo dont le profil est connu dans l’administration des fédérations sportives à Jean-Claude Eale. Une concurrence au rabais qui ne suffit pas à masquer l’opacité d’un processus où, selon un ancien responsable d’une fédération olympique sous couvert d’anonymat, « les dés sont souvent pipés longtemps avant le scrutin ».

Amos Mbayo : un président incontournable et controversé

Amos Mbayo n’est pas un novice. Politicien chevronné, il a été Ministre des Sports et Loisirs de 2019 à 2021. Son parcours lui a assuré une maîtrise parfaite des arcanes administratifs et politiques, non seulement du ministère mais aussi du COC, qu’il dirige et dont il a également été le président auparavant.

À son arrivée au ministère, il s’était engagé à organiser des « états généraux du sport » pour « détecter les maux qui rongent notre sport ».

Force est de constater que plusieurs années plus tard, les mêmes problèmes persistent : financement chroniquement insuffisant des disciplines, infrastructures vétustes ou inachevées, et une culture de l’impunité pointée du doigt. Ses détracteurs l’accusent d’utiliser sa double casquette d’ancien ministre et de président du COC pour assoir son contrôle sur l’ensemble de l’écosystème sportif congolais, neutralisant ainsi toute opposition interne.

La CENI du COC : un gage de transparence ou un outil de légitimation ?

Face aux critiques, la Commission électorale indépendante du COC se retranche derrière une communication soignée, mettant en avant son action « dans le respect des statuts et des principes de bonne gouvernance sportive ». Elle affirme avoir écarté les dossiers non conformes et promet d’afficher la liste définitive au siège du Comité pour « garantir la crédibilité du scrutin ».

Cette rhétorique rappelle étrangement celle de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) de la RDC, une institution qui, dans le passé, a été au cœur de vives polémiques concernant le report d’élections et son manque de transparence financière. Le parallèle est troublant et n’échappe pas aux observateurs : une instance électorale qui, en proclamant sa propre vertu, tente de donner une légitimité à un processus dont l’issue semble déjà scellée.

Une gouvernance sportive à la croisée des chemins

Le cas du COC n’est malheureusement pas isolé. Il reflète une tendance plus large en RDC, où les institutions sont souvent minées par des conflits d’intérêts et une concentration du pouvoir.

Alors que les athlètes congolais continuent de briller sur la scène continentale et internationale souvent par leur seule résilience, l’immobilisme de leur instance dirigeante supérieure leur porte un préjudice considérable. Le « renouveau » promis par Amos Mbayo lors de sa première prise de fonction ressemble de plus en plus à un statu quo déguisé.

Le 14 novembre 2025, à moins d’un revirement improbable, Amos Mbayo devrait donc reconduire son mandat. La véritable question n’est pas de savoir qui présidera le COC, mais si le sport congolais pourra un jour se libérer de ses chaînes pour enfin réaliser son plein potentiel. La balle est désormais dans le camp de la communauté sportive et des pouvoirs publics pour exiger des comptes et une réforme en profondeur, seule capable de redonner sa crédibilité à la maison mère du sport olympique en République Démocratique du Congo.


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