À 22 ans, ce Genevois d’origine congolaise roule en Formule 3 Européenne avec un seul objectif en tête : devenir le premier pilote congolais à atteindre la Formule 1. Son arme secrète ? Une conviction inébranlable.
Il arrive dans la conversation avec la tranquillité de quelqu’un qui n’a pas besoin de crier pour être entendu. Tjay Tama parle doucement, choisit ses mots avec soin, et laisse ses ambitions faire le bruit à sa place. À 22 ans, ce Genevois d’origine congolaise est en train d’écrire l’une des histoires les plus singulières du sport automobile européen : celle d’un fils du Congo qui a regardé Lewis Hamilton gagner des Grand Prix depuis son canapé d’enfant, et qui a décidé, un jour, que cette histoire-là n’était pas terminée.
Né et grandi à Genève, Tjay a suivi un parcours scolaire classique primaire, cycle d’orientation, école de culture générale, puis plusieurs années en école de commerce. « Toujours avec de bonnes notes, bien sûr », précise-t-il, avec ce sourire en retenue qui semble être sa signature. En dehors des circuits, il se décrit comme ambitieux, déterminé et plutôt réservé. Pas le genre à se mettre en scène. Plutôt le genre à travailler en silence, et laisser les résultats parler.
Le père, le volant, et un Grand Prix à la télé
Tout commence avec un père et un écran allumé. Aussi loin que Tjay s’en souvienne, les dimanches de Grand Prix étaient un rituel familial sacré. « Je ne pourrais même pas dire quel a été le premier Grand Prix que j’ai vu, car j’ai grandi avec ça depuis la naissance », confie-t-il. Très tôt, son père a posé les premières graines d’une passion qui allait devenir vocation : il installait le petit Tjay sur ses genoux pour garer la voiture. Lui contrôlait les pédales. L’enfant tenait le volant.
« C’est peut-être anodin, mais c’est l’un de mes premiers souvenirs liés à la conduite », dit-il. Anodin ? Certainement pas. Ce père, inconscient de son geste, était en train de mettre le premier carburant dans un moteur qui ne s’éteindrait plus jamais. Dès qu’un engin vrombissant passait dans la rue voiture de course, moto, peu importe — les yeux de Tjay se braquaient dessus avec une intensité que les autres enfants réservaient à leurs jeux.

« En le voyant évoluer comme seul pilote noir en F1 pendant longtemps, gagner, s’imposer et inspirer des générations,
Lewis Hamilton est naturellement devenu un modèle pour moi. »
Tjay Tama
Lewis Hamilton plane en filigrane sur toute la trajectoire de Tjay. Non pas comme une idole de papier glacé, mais comme une preuve vivante. La preuve qu’un seul homme suffit pour ouvrir une porte que beaucoup croyaient fermée. Tjay, lui aussi, veut être cette preuve mais depuis le drapeau congolais.
Des genoux de son père aux circuits européens
Le chemin n’a pas été celui d’un enfant-roi du karting inscrit à trois ans dans une académie. La Suisse n’est pas un berceau naturel du sport automobile. Le budget, lui, n’est pas extensible. Tjay a démarré le karting vers 12 ans tard, à l’échelle de cette discipline impitoyable et a avancé étape par étape, sans raccourci. « Le parcours classique passe souvent par le karting très jeune. Pour moi, cela a été plus compliqué, notamment à cause du budget et du fait que la Suisse n’a pas une grande culture du sport automobile. »
Puis vient le moment décisif. Celui où un rêve demande à être traité comme un projet. Tjay se pose une question simple, presque chirurgicale : faut-il continuer par le karting senior ou passer directement en monoplace ? Après plusieurs essais en Formule 4 et en F3 régionale, après avoir consulté des professionnels du milieu, la réponse s’impose : la monoplace, directement. Et en monoplace, la sensation est immédiate, viscérale. « C’était incroyable : une sensation de liberté totale, de précision, de contrôle. J’ai tout de suite ressenti que j’étais à ma place. »

« La plus grande difficulté est mentale. Sur la piste, la première différence se fait dans la tête.
Dès qu’un doute s’installe, cela se ressent immédiatement dans la performance. »
Tjay Tama
Aujourd’hui, Tjay roule en Formule 3 Européenne , l’antichambre de la F2 et de la F1. Sa routine d’entraînement
en dit long : cardio intense, gainage, travail spécifique des cervicales et des trapèzes, réflexes, simulateur,
préparation mentale sous forte chaleur. Tjay ne laisse rien au hasard.
L’argent, l’ennemi invisible
Il y a une réalité que Tjay n’esquive pas. Le sport automobile est l’un des plus coûteux au monde. Et derrière chaque pilote qui roule, il y a souvent une équipe entière qui cherche des euros plutôt que des secondes.

« Jusqu’ici, j’ai avancé grâce à l’aide de mes parents, à des sacrifices personnels, et au soutien de quelques entreprises locales qui ont cru en moi », dit-il avec une franchise désarmante. Il est aujourd’hui activement à la recherche de sponsors, de mécènes et de partenaires solides. « La réalité est simple : beaucoup de pilotes passent plus de temps à chercher du budget qu’à rouler. C’est une partie invisible du sport, mais elle est essentielle. »
Pour Tjay, l’accès au sport automobile passe aussi par l’Afrique :
« Pour rendre le sport automobile plus accessible aux jeunes talents africains, il faudrait développer davantage d’infrastructures sur le continent : circuits de karting, écoles de pilotage, centres de formation et passerelles vers l’Europe. Le talent existe déjà, il faut maintenant les structures. »
Porter un drapeau, porter un peuple


« Je représente bien plus que moi-même. Je représente un peuple fort, résilient, ambitieux,
qui mérite aussi sa place dans les sports les plus prestigieux du monde. »
Tjay Tama
Casque de pilote ou non, Tjay Tama est bien conscient que chacun de ses tours de piste en transporte d’autres avec lui.
Être Congolais dans un univers où les pilotes africains se comptent sur les doigts d’une main n’est pas
qu’une anecdote biographique — c’est une charge symbolique considérable.
« C’est une responsabilité positive », précise-t-il immédiatement.
Casque de pilote ou non, Tjay Tama est bien conscient que chacun de ses tours de piste en transporte d’autres avec lui. Être Congolais dans un univers où les pilotes africains se comptent sur les doigts d’une main n’est pas qu’une anecdote biographique — c’est une charge symbolique considérable. « C’est une responsabilité positive », précise-t-il immédiatement.
« Oui, je souhaite inspirer la jeunesse congolaise. Pas seulement avec des résultats, mais avec un état d’esprit : croire en soi, oser rêver grand, puis travailler dur pour concrétiser ses ambitions. » Il ne veut pas être un symbole figé dans le marbre. Il veut être un chemin.
La vision : bâtir après avoir conquis
La F1 est l’objectif immédiat, assumé, clamé avec une sérénité qui fait sa force. Mais Tjay voit plus loin. Beaucoup plus loin.
« À long terme, j’aimerais contribuer au développement du sport automobile en R.D.C et en Afrique : créer des académies, des écoles de pilotage, des opportunités pour la nouvelle génération. » Il pense à ce qu’il n’a pas eu et à comment le construire pour les prochains.
Sur l’avenir du continent dans ce sport, il est convaincu. « Le continent a le talent, la jeunesse, l’énergie et le potentiel économique pour créer ses propres championnats et ses propres infrastructures. »
Et à un jeune Africain qui doute, qui hésite, qui regarde les stars depuis un écran en se demandant si c’est pour lui ? « Ne copie pas le chemin des autres. Chacun doit découvrir ce que Dieu a placé en lui, croire en sa mission, puis travailler avec foi et discipline. »
Avant de conclure par ces mots pour la communauté congolaise et africaine qui le suit : « Merci sincèrement. Vos messages, votre force et votre soutien m’ont parfois redonné l’énergie dans les moments difficiles. »
Tjay Tama n’est peut-être pas encore en F1. Mais dans chaque courbe qu’il négocie sur un circuit européen, il y a un peuple entier qui accélère avec lui.
« Tout est possible à celui qui croit. »
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